Wadjda

Film Saoudien de Haifaa Al Mansour

Avec Reem Abdullah, Waad Mohammed, Abdullrahman Al Gohani, Ahd, Sultan Al Assaf


Prix de la Critique Internationale Venise 2012


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 06-02-2013

Durée: 1h37

 

Exception cultuelle

Décidemment, le cinéma international nous prend de plus en plus à contre-pied. Cette fois-ci, une heureuse surprise nous vient d’Arabie Saoudite, pays richissime allongé sur une nappe de pétrole mais totalement cinéphobe, puisque sa caractéristique assez rare était, jusqu’alors, de ne posséder aucune salle de cinéma donc, aucun cinéaste et, bien entendu, aucun spectateur puisqu’on ne peut pas considérer que voir des films ou des DVD – essentiellement américains - sur son téléviseur relève de la cinéphilie.

« Enfin, Haifaa Al Mansour vint…» et nous propose le premier film saoudien tourné sur place : Wadjda, histoire d’une petite fille délurée qui voudrait faire du vélo avec son copain mais qui habite un pays où les filles n’ont pas le droit de pédaler car elles risquent d’y perdre leur virginité. Précisons aussi que Haifaa n’est pas un nouveau réalisateur mais une nouvelle réalisatrice ! Comme si ce handicap ne suffisait pas, elle se permet de contester la condition des femmes dans ce pays où les filles sont exclues du sport cycliste. Nous sommes donc ahuris, une fois de plus, de voir un scénario aussi critique sur des moeurs ancestrales être financé et aboutir sur un écran dans un Royaume qu’on imagine truffé de censeurs, mais qui considère désormais Haifaa comme une personnalité artistique importante. Il est des miracles qu’il vaut mieux reconnaître...

Mais la rareté et la hardiesse de la démarche ne sont pas les seuls éléments de ce film parfaitement maîtrisé par cette jeune femme qui a tourné en Arabie, avec des acteurs saoudiens. Sous une apparente simplicité, le scénario évoque la plupart des problèmes qui guettent les filles, depuis une scolarité qui baigne dans la religion, la menace d’un mariage organisé dès la puberté, l’apparition d’une seconde épouse si la première n’engendre pas de garçon, sans oublier l’interdiction de faire de la bicyclette, élément moteur de ce récit teinté d’humour qui ne sombre jamais dans un militantisme menaçant la légèreté qui fait son charme. La réussite de ce projet tient également à la qualité de l’interprétation, en tête de laquelle il faut citer la jeune Waad Mohammed, aussi à l’aise dans ses baskets blanches – difficilement masquées par la longue "abeya" noire – que sur le vélo vert tant désiré.