Blancanieves

Film espagnol de Pablo Berger

Avec Maribel Verdù, Daniel Gimenez Cacho, Angela Molina, Sofia Oria, Macarena Garcia, Imma Cuesta





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 23-01-2013

Durée: 1h44

 

Et de trois !

Pour ceux qui sont saturés des Ben Affleckeries et des Tarantinades, voici de quoi ranimer la cinéphilie qui sommeille en nous : après le triomphe imprévu de The Artist et le charme poétique de Tabou, l’étonnant Blancanieves démontre une fois de plus que le cinéma muet, image carrée en noir et blanc, peut rivaliser avec les productions du XXI century en format large, son stéréo et 3 D à lunettes, alors que cet ancêtre était tenu pour mort depuis que le bavardage l’avait terrassé, il y a plus de 80 ans. Voilà de quoi réconforter Pierre Etaix qui avait tenté ce "revival" dès 1965 avec YOYO. Allez revoir tout ce que ce véritable Art, que l’on pensait disparu, peut encore offrir comme émotions, par la seule force des images et du soutien musical dû à Alfonso de Vilallonga, car n’oublions pas que si le cinéma des origines était muet, il était déjà sonore puisqu’un orchestre (ou un pianiste) accompagnait la projection d’une musique composée pour le film.

Assumant fièrement le mélodrame, le scénario de Blancanieves emprunte et enchaîne avec élégance les thèmes des contes pour enfant, comme Cendrillon, la Belle au Bois Dormant et Blanche Neige, en les transposant dans l’Espagne des années 20, mêlant le monde de la corrida et du cirque pour nourrir ce récit empreint de magie et d’humour noir. Mais contrairement à The Artist qui rendait hommage au cinéma muet en lui restant fidèle dans la forme, Blancanieves propose une écriture du récit résolument moderne, soutenue par une superbe image de Kiko de la Rica et un montage incisif.

Dans son précédent - et premier film - Torremolinos 73 (2003), Pablo Berger amorçait déjà son goût pour cet humour provocateur qui relatait les véridiques mésaventures d’un apprenti cinéaste, nommé Alfredo Lopez, qui avait acquis une certaine réputation à la fin du franquisme en tournant des pornos en super-huit, avec sa femme comme vedette. Contre toute attente, le succès fut au rendez-vous et permit donc à Alfredo, se prenant désormais au sérieux, de tenter une incursion dans le cinéma intello avec un film inspiré par Freud et Bergman ! Hélas, sa carrière s’arrêta là. Celle de Pablo Berger rebondit après 10 ans de "silence" grâce à un admirable film "muet" : les voies de la réussite sont vraiment imprévisibles dans ce métier et, finalement, c’est tant mieux !