Rendez-vous à Kiruna

Film français de Anna Novion

Avec Jean-Pierre Darroussin, Anastasios Soulis, Claes Ljungmark, Kim Bodnia, Judith Henry, Lia Boysen, Tord Pettersson, Dag Malmberg





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 30-01-2013

Durée: 1h37

 

Attachez votre ceinture

Avec ce rendez-vous, les amateurs de "road-movie" vont être servis puisque Jean-Pierre Darroussin va les emmener de Paris (sortie Porte de la Chapelle) jusqu’à Kiruna, bourgade suédoise située sur le cercle polaire. Pour son second long métrage, Anna Novion n’a pas caché son penchant pour ce type de film itinérant où l’on découvre des paysages inconnus et, éventuellement, l’évolution des sentiments des voyageurs embarqués. Mais son désir de filmer la route qui défile - et les rencontres imprévues qu’elle procure - l’a peut-être trop emporté, au détriment d’un scénario qui aurait pu être plus structuré. Et comme rien ne ressemble plus à une autoroute française qu’une autoroute suédoise, cette randonnée semble parfois bien longue pour arriver jusqu’en Laponie.

Ernest, architecte parisien hyperactif et doté d’un caractère plutôt rugueux, reçoit un appel téléphonique de la Police suédoise pour qu’il vienne reconnaître le cadavre de son fils, Antoine, qui s’est noyé accidentellement. Stupeur d’Ernest qui répond qu'il est célibataire et sans enfants. Il raccroche pour mettre fin à cet entretien qui le trouble, car un vieux remords le tenaille : il y a vingt-cinq ans, il a rompu avec sa compagne, enceinte, et ne l’a plus jamais revue ainsi que cet enfant non désiré qu’il avait cependant reconnu. Mis mal à l’aise par cet évènement surgi d’un passé toujours présent, il décide soudainement de se rendre à la morgue de Kiruna en voiture, sans donner d’explications ni à ses employés ni à Victoire, son actuelle compagne, qui supporte, tant bien que mal, son caractère d’ours égoïste.

Sur la route, il va prendre à bord un jeune auto-stoppeur suédois et francophone qui lui sera bien utile comme guide et, surtout, comme traducteur. Ce garçon, Magnus, est doté d’un caractère aussi aimable et romantique que celui d’Ernest peut être désagréable et méfiant. Il a l’âge du fils disparu et ce fait trouble Ernest qui va progressivement remettre en question son attitude face à la paternité. Tel quel, ce tête à tête délicat entre ces deux étrangers réunis par le hasard était bien suffisant pour soutenir notre intérêt, mais les scénaristes ont craint qu’il ne soit trop fragile pour alimenter ce long voyage ; ils ont donc injecté des épisodes « dynamiques », mais hors sujet, comme une improbable intervention de motards vindicatifs qui tourne court, ou bien un conflit permanent entre le policier suédois récemment mis à la retraite et son successeur, qui vient sans cesse interrompre le cours de l’histoire principale : la découverte du désir d’un fils tardif par un vieux ronchon égoïste. Même si la route est longue, il aurait été préférable de ne jamais quitter les personnages - puisque nous voyageons avec eux – principe évident qui est appliqué dans la plupart des "road-movies" classiques comme Sailor et Lulla ou Thelma et Louise.

Malgré cette réserve, précisons combien le talent d’Anna Novion s’est affermi depuis Les Grandes Personnes. Elle maintient toujours le cap au Nord, fidèle à son atavisme scandinave, et prend des risques artistiques intéressants comme ces longs dialogues en suédois auxquels Ernest ne comprend rien et que Magnus lui traduit partiellement, afin de le protéger lorsqu'il ne s'agit pas d'amabilités. Il faut préciser quelle a trouvé en son acteur fétiche, Jean-Pierre Darroussin, l’interprète idéal de cet antipathique personnage qu’on n’arrive pas à détester. Ce contre-emploi caractérisait déjà le héros de son premier long-métrage : un père en proie à de sérieuses remises en question avec sa fille. Et Anastasios Soulis justifie, par son charme et sa présence discrète, l'espoir de voir évoluer la misanthropie d'Ernest vers plus d’ouverture et de tolérance.