Mon père va me tuer
E stato il figlio

Film italien de Daniele Cipri
Adapté du roman de Roberto Alamo E stato il figlio

Avec Toni Servillo, Gisela Volodi, Fabrizio Falco, Alfredo Castro, Aurora Quattrocchi, Benedetto Raneli, Oiero Misuraca, Giacomo Civiletti, Alessia Zammitti, Lier Giorgio Bellocchio


Venise 2012 Meilleure Image et Meilleur Espoir


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 02-01-2013

Durée: 1h33

 

O.F.N.I.

Cet étrange film est vraiment un "Objet Filmé Non Identifiable". Basculant en permanence entre des styles antagonistes, allant du pseudo néo-réalisme sicilien aux paysages chargés de nuages trafiqués par l’informatique, de l’actor’s studio au cabotinage caricatural, de la comédie à l’italienne façon Monicelli au mélodrame digne de Ponson du Terrail, le spectateur passe par des sentiments variés allant d’une possible adhésion à un malaise profond. Heureusement pour Daniele Cipri, le Jury de la Biennale de Venise 2012 a plutôt penché vers la première attitude en récompensant son travail de chef op’ - puisqu’il porte les deux casquettes – et le jeune espoir Fabrizio Falco.

Dans un bureau de poste, un homme attend son tour en regardant, l’air absent, les chiffres lumineux qui appellent les clients. Son expression triste et vide intrigue ses voisins, d’autant qu’il se met à raconter lentement de sombres histoires datant de sa jeunesse. Le traitement de cette séquence kafkaïenne génère un début d’intérêt qui est interrompu par l’évocation du passé où des prolos font de la récupération de cuivre sur des vieux rafiots échoués dans un port ensoleillé. Ainsi commence ce va et vient entre passé et présent qui ouvre le film en nous intriguant, tant la différence de traitement de chaque époque marque la volonté délibérée du réalisateur de s’appuyer sur des styles de mise en scène qui s’affrontent.

Doté d’un goût certain pour le récit par l’image, Daniele Cipri flirte souvent avec un maniérisme qui désamorce l’émotion recherchée. Mais, surtout, toutes les séquences de ce film qui se voudraient légères ou humoristiques sont sérieusement plombées par le vrai point de départ de ce récit abracadabrant : le meurtre d’une fillette. Comment avoir envie de rire devant les péripéties de cette famille de crétins qui attend l’hypothétique pactole que doit lui verser l’Etat en dédommagement de ce crime commis par la Mafia ? Et ce n’est pas le chagrin perpétuellement surjoué par une troupe d’acteurs grimaçants qui va renforcer l’empathie que l’on devrait ressentir pour ces gens éprouvés par un tel malheur. Daniele Cipri revendique le genre "grotesque" pour définir son film, épithète que je n’aurais pas osé utiliser, mais peut-être que "grottesco" – qui se rattache à une tradition du théâtre italien – est-il moins péjoratif qu’en français ? Ce réalisateur s’est surtout fait connaître à la télévision par une série provocante, Clinico TV, qui parodiait la télé-réalité. Peut-on considérer son film comme le premier épisode de la série Clinico Ciné ? A vous de juger.