Une Estonienne à Paris

Film français de Ilmar Raag

Avec Jeanne Moreau, Laine Mägi, Patrick Pineau


Prix du Jury Oecuménique LOCARNO 2012


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 26-12-2012

Durée: 1h34

 

Mammy Sitter

Bienvenue au cinéma estonien ! A en croire les « experts », l’Union Européenne semble se construire péniblement, cahin-caha, et pourtant des signes positifs émergent parfois durant cet accouchement difficile, notamment dans le domaine cinématographique où le nombre de films qu’il est difficile d’attribuer à un seul pays d’origine est en constante augmentation, ce qui va nous conduire progressivement à mentionner "Europe" dans la rubrique des nationalités : Une Estonienne à Paris fait partie de cette catégorie. Tourné dans notre capitale avec une équipe et des acteurs majoritairement français, ce film est le premier long-métrage d’un réalisateur estonien, Ilmar Raag, qui nous conte la relation entre Frida, vieille dame riche émigrée de longue date en France, et une aide-soignante, Anna, venue d’Estonie pour s’occuper d’elle car elle comprend le français. On pourra trouver curieux la nécessité de choisir une Estonienne francophone puisque la suite nous montrera que Frida ne parle jamais en estonien, même lorsque des compatriotes lui rendent de rares visites. Mais ce détail n’entame ni la crédibilité ni le charme du récit.

La facture de ce film est aussi simple et directe que son titre. Ilmar Raag dépeint avec délicatesse la difficile adaptation d’Anna aux lubies d’une vieille excentrique blessante que, seules, des promenades solitaires dans cette ville qu’elle découvre parviennent à lui faire supporter. Anna comprend progressivement la raison des foucades de Frida : elle a été la maîtresse de Stéphane - dernier amant d’une longue liste - un homme encore jeune qui se sent toujours responsable d’elle mais doit gérer désormais sa propre vie. Ne pouvant rester à ses côtés en permanence, il a fini par rechercher une aide à domicile, ultime blessure pour la malheureuse délaissée. Ce trio insolite, qui évolue au gré des sautes d’humeur de l’imprévisible Frida, reste attachant grâce à la qualité de ses interprètes, Laine Mägi et Patrick Pineau, qui subissent avec stoïcisme le désarroi d’une Jeanne Moreau, angoissée par l’approche de sa fin, jouant du charme et de la cruauté avec un talent subtil propre à nous rendre indulgents.