Héritage

Film palestinien de Hiam ABBASS

Avec Hafsia Herzi, Hiam Abbass, Yussef Abu Warda, Tom Payne, G.A.Wasi, Ashraf Barhoum, Ruba Blal, Clara Khoury, Makram Khoury, Khalifa Natour





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 12-02-2912

Durée: 1h28

 

Lointain Proche-Orient

Depuis une dizaine d’années, nous avons pu apprécier le talent d’actrice de Hiam Abbass dans de nombreux films qui concernent souvent la relation israélo-palestinienne et qui présentent tous une caractéristique intéressante : ils sont généralement dus à des réalisateurs israéliens "palestinophiles", ce qui conduit naïvement à penser que ce conflit interminable prendrait fin si ces cinéastes prenaient enfin le pouvoir.

Vu d’Europe, nous imaginons cet affrontement, plus que sexagénaire, se déroulant essentiellement aux frontières entre Israël et les états voisins. Héritage nous fait découvrir d’autres acteurs essentiels de cette région troublée : les Palestiniens qui sont restés sur leur sol après la décision de l’ONU et qui doivent cohabiter depuis 1948 avec des arrivants non désirés. Certes, ils ne sont ni bombardés, ni expulsés, ils ont même des occupations professionnelles de bourgeois nantis mais, quoique citoyens de ce pays, ils n’ont pas les mêmes droits civiques que les Israéliens, d’où une amertume et un rejet qui se transmettent de générations en générations. C’est dans ce contexte qui la concerne, que Hiam Abbass a voulu réaliser son premier long métrage. Nous sommes loin des souvenirs d’enfance, des premiers émois suivis des premiers chagrins d’adolescente qui sont l’habituel terreau des scénaristes débutantes. Collaborant avec l’écrivain Ala Hlehel, elle s’est attaquée à la description d’un conflit familial multiple où les religions, les traditions, les générations et les couples s’affrontent sur un fond sonore d’escadrilles en rase-mottes et d’explosions plus ou moins proches.

La réalisation est à la hauteur des ambitions du scénario. Tous ces personnages évoluent dans un foisonnement de péripéties traitées en séquences brèves mais efficaces, où les scènes s’enchaînent sans traîner, soutenues par la discrète et intelligente musique de Loïc Dury, tissant peu à peu les liens qui rapprochent ou capturent les membres de cette famille déchirée. Rarement, une troupe d’acteurs a fait preuve d’une telle cohérence dans la qualité, à commencer par la jeune Hafsia Herzi que nous avions découverte dans La graine et le Mulet. Hiam Abbass considère, en connaissance de cause, que le jeu des comédiens est l’atout essentiel dans la réussite d’un film. Evidence qui ne l’a pas détournée des autres éléments nécessaires en maîtrisant également l'image, la bande sonore et un rythme soutenu, qualités qui sont rarement au rendez-vous dans un premier film.