Les Cinq Légendes
Rise of the Guardians

Film américain de Peter Ramsey

Avec Dessin animé





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 28-11-2012

Durée: 1h37

 

Too much ?

Est-ce que le Père Noël, le Marchand de sable, la Fée des dents de lait (petite souris chez nous), tous ces distributeurs de cadeaux miraculeux et nocturnes se connaissent ? Ont-ils croisé le Lapin qui cache les oeufs de Pâques dans le jardin ou le méchant Croquemitaine ? C’est la question que posait à son père, l’auteur de livres pour enfants William Joyce, sa petite Mary Catherine. Bingo, voilà bien une mine d’idées inexploitée ! Papa se met au travail aussitôt et imagine un passé à chacun de ces personnages fabuleux qui, bien entendu, se rencontrent en dehors des heures de travail et ont même des conflits : entre autres, la Fée des dents envie le Père Noël qui ne travaille qu’une nuit par an, alors qu’elle est de corvée tous les soirs. Mais ils se retrouvent solidaires contre l’infâme Croquemitaine qui déverse des cauchemars dans les rêves des petits endormis. William Joyce introduit même un nouveau personnage dans la troupe, Jack Frost, jeune adolescent qui a le pouvoir de créer du froid, de la neige et du vent glacial. Il n’a qu’un inconvénient : il est invisible (sauf pour les spectateurs, heureusement). La vie supposée de tous ces personnages est pleine d’inventions et d‘idées originales.

Hollywood s’intéresse bientôt à ce livre magnifiquement illustré en cours d’élaboration et propose à l’auteur de travailler simultanément à son adaptation cinématographique. William Joyce accepte et, quinze ans après la question pertinente de la jeune Mary Katherine, arrive sur nos écrans cette superproduction en 3D prévue pour faire des ravages durant les fêtes de fin d’année. Inutile de souligner, une fois de plus, l’extraordinaire qualité technique, à tous les niveaux, de ce film qui semble être la bande de démonstration des incessants progrès obtenus dans la maîtrise de l’inépuisable numérique. Mais ces qualités peuvent également se transformer en inconvénients quand on en abuse : les vertigineuses et répétitives plongées dans l’espace de tous ces personnages finissent par engendrer de la monotonie et, à la quatorzième tempête de cendres que déclenche l’ignoble Croquemitaine, on commence à éprouver une sensation de « déjà-vu » ; enfin, et surtout, l’inépuisable puissance des effets sonores massacre en permanence les 97 minutes de musique composée en vain par le talentueux Alexandre Desplat. Walt Disney, si méprisé de nos jours, avait laissé plus de chances aux partitions de Paul Smith dans Blanche Neige et les sept nains dont les chansons restent encore dans toutes les oreilles. On peut aussi se demander ce que les très jeunes enfants auxquels ce spectacle est, en principe, destiné vont comprendre à cette histoire racontée avec les moyens habituellement utilisés pour la série des Star Wars. Ultime regret ; Mary Katherine ne figure même pas au générique du film où défile des centaines de collaborateurs. Quelle ingratitude.

Reste l'évidente solution pour apprécier tranquillement les qualités d’auteur de William Joyce : acheter son livre et "lire" aux enfants cette histoire pleine de trouvailles avant le passage du marchand de sable.