Little Bird
Kauwboy

Film hollandais de Boudewijn Koole

Avec Rick Lens, Loek Peters, Suzan Radder, Cahit Ölmez, Ricky Koole


Meilleur Premier Film Berlinale 2012, Meilleur Film Jeunesse European Film Academy 2012


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 21-11-2012

Durée: 1h21

 

Jeune Public

Aller au cinéma avec de jeunes enfants pose souvent un problème : les comédies les plus anodines recèlent parfois des scènes inattendues où un couple se livre à d’étranges ébats sur un lit, accompagnés par des gémissements plaintifs. «Qu'est-ce qu'elle a la dame, elle est malade ?» La scène primitive n’est plus ce qu'elle était - confinée dans la pénombre de la chambre des parents - mais étalée sans discrétion sur sur un écran géant. Dans ces cas délicats, reste la solution du dessin animé, passé progressivement du stade du "cartoon" complément de programme au rang de spectacle à part entière après le succès mondial du Blanche Neige de Walt Disney en 1937. De nos jours, les films d’animation de long métrage abondent et presque chaque semaine un nouveau spectacle, provenant de presque tous les pays, est proposé aux jeunes spectateurs. On pourrait donc penser que le cinéma offre des histoires conçues pour ce public spécifique, mais entre un enfant de cinq ans et un préadolescent, la cible est différente : les extraordinaires productions actuelles en 3D stéréo relèvent plus du jeu vidéo de luxe pour douze/quinze ans que du conte de fées destiné aux tout petits.

Un distributeur avisé s’est penché sur ce problème et, depuis plusieurs années, Les Films du Préau sélectionnent des films de qualité - destinés aux jeunes âgés de 2 à 12 ans - que les parents peuvent voir avec autant d’intérêt que leurs enfants et qui ne sont pas nécessairement des films d’animation. Le néo-zélandais Boy, sorti récemment, faisait partie de leur choix. Et voici Little Bird, premier film du réalisateur hollandais Boudewijn Koole. Formé à l’école du documentaire, il s’est principalement intéressé aux sujets traitant des problèmes sociaux (ou médicaux) que rencontre l’enfance. Admirateur d’Albert Lamorisse, Truffaut, des frères Dardenne et de Ken Loach, dont il reconnaît l’influence dans sa façon d'aborder les sujets : il y a effectivement une parenté assumée entre ce choucas qu’élève Jojo et le faucon Kes que dressait Billy dans un des premiers films de Loach (1969). Ces deux enfants, malheureux dans leur existence quotidienne, reportent sur un oiseau l’amour que l’indifférence de la famille ou de la société ne leur prodigue pas. Ce ne sont pas des sujets roses et bêtifiants dont la fin serait toujours "happy", mais on sait que tous les contes pour enfants sont peuplés de monstres, de sorcières ou d’ogres, c’est là leur attirance : c’est si bon de vaincre sa peur.

Ce genre de sujets implique que l’enfant acteur, sur lequel repose toute la crédibilité du récit, échappe au cabotinage ou à la maladresse ; deux risques parfaitement écartés par l’interprétation du jeune Rick Lens qui entraîne le film avec un dynamisme optimiste malgré un environnement familial peu propice. A ce propos, on peut seulement éprouver une certaine réserve sur le caractère du père que les scénaristes ont traité en ogre abusivement sévère afin de l’amener à une repentance finale un peu trop attendue. Mais il s’agit là d’une réaction d’adulte que ne devrait guère ressentir un si jeune public, et c’est tant mieux pour le succès que l’on souhaite à cet affectueux petit oiseau.