VILLEGAS

Film argentin de Gonzalo Tobal

Avec Esteban Lamotte, Esteban Bigliardi, Mauricio Minetti, Maria Ines Aldaburu, Paula Carruega, Lucia Cavalloti, Christian Francucci, Horacio Pugnaloni, Ana Uriarte


Sélection Festival de Cannes 2012 Hors compétition


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 07-11-2012

Durée: 1h36

 

Post ados

Deux cousins qui portent le même prénom, Esteban, se retrouvent pour les funérailles de leur grand-père - Esteban bien sûr - qui vont avoir lieu à Villegas, village de leur enfance proche de Buenos-Aires où ils résident désormais. Ils s’étaient perdus de vue mais décident de se retrouver pour aller ensemble à l’enterrement, en voiture. Ils ont la trentaine et le même prénom, mais là s’arrête leur ressemblance. L’un est sérieux, fiancé et timide, l’autre – surnommé Pipa depuis l’enfance pour les distinguer – optimiste, paresseux et cavaleur. Sur la route, ils retrouvent progressivement une forme de complicité que leur longue séparation avait effacée. Pipa reprend assez vite la direction des opérations et décide de s’arrêter à une station-service pour dîner. Bien entendu, il commence à draguer la serveuse tandis qu’Esteban s’isole pour téléphoner à sa fiancée, sa principale préoccupation depuis le début du récit. Devant l’accueil présumé plus que favorable de la serveuse, Pipa hésite presque à reprendre la route mais n’ose esquiver les funérailles. Ils repartent dans la nuit.

Enfin arrivés à Villegas, les deux garçons retrouvent la famille composée d’agriculteurs dont les préoccupations sont bien éloignées des leurs (surtout de celles de Pipa qui n’en a guère). Le scénario de Gonzalo Tobal cherche à dépeindre l’absence de projets de ces trentenaires qui gardent une mentalité d’adolescents alors qu’ils arrivent à l’âge adulte. Ces deux citadins, confrontés à ces paysans levés à l’aube, aux prises avec des difficultés permanentes et qui tentent de les intéresser au rendement à l’hectare, finissent par oublier leurs différences de caractère et tentent de ranimer leurs rêves communs d’ados : être musicien, chanteur, ou guitariste … Est-il trop tard désormais pour y parvenir ?... Sur la route du retour, nouvel arrêt à la station-service. Mais cette fois-ci, Pipa va choisir de rester avec la serveuse et abandonne Esteban qui regagnera seul Buenos-Aires.

Le sujet de Villegas rappelle évidemment les glorieux modèles qui traitaient aussi de ce délicat passage vers la maturité : Ancêtre du road-movie à l’italienne, Il Sorpasso (1962) de Dino Risi entraînait dans la décapotable du flamboyant Vittorio Gassman – sorte de super Pipa - un Trintignant timoré et introverti, sans oublier l’insurpassable I Vitelloni(1953) de Federico Fellini, traçant le portrait acide d’une bande de « gros veaux » trentenaires et paresseux qui glandaient dans la tiédeur des nuits d’été. La peinture de ces caractères ramollis, ajoutée à l’invention permanente de cocasses situations imprévues, caractérisait le talent des scénaristes italiens de cette époque féconde. Malgré ces parrainages, un tel foisonnement manque malheureusement au scénario de Villegas dont le déroulement traîne sans énergie. En entassant d’interminables plans de conduite automobile ou d’essai de tracteur, Gonzalo Tobal atteint la durée requise pour son premier long-métrage, mais n’alimente guère l’intérêt du spectateur envers ces personnages aux caractères trop esquissés - malgré la bonne qualité de l'interprétation - ni pour leurs rencontres peu porteuses de conflits ou de surprises.