Une Famille Respectable

Film iranien de Massoud Bakhshi

Avec Babak Hamidian, Mehrdad Sedighian, Ahoo Kherdmand, Mehran Ahmadi, Parivash Nazarieh





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 31-10-2012

Durée: 1h30

 

Néo-réalisme iranien

Arash, universitaire iranien, vit en Occident depuis 22 ans. Il est invité à donner des cours, durant quelques mois, à Chiraz où réside sa mère, loin de Téhéran où le reste de la famille vit toujours aux côtés de son père qui agonise. Il se doit d’aller à son chevet malgré le peu d’affection qui existe entre eux. Ce voyage obligé va lui permettre de découvrir les tracasseries administratives, la violence urbaine et, surtout, la corruption qui gangrène désormais sa famille. Pourra-t-il rester dans ce pays qu’il ne reconnaît plus ou reprendra-t-il le chemin de la confortable Europe ?

Premier long-métrage d’un cinéaste formé à l’école du documentaire et du court-métrage, Une Famille Respectable est remarquable pour plusieurs raisons. Dans le foisonnement du cinéma iranien actuel, il est assez rare de découvrir un réalisateur qui tente de faire un thriller « à l’occidentale ». De plus, l’affrontement ne se déroule pas entre la police et des malfrats mais à l’intérieur d’une famille de notables en proie à de graves conflits d’intérêt. Enfin, Massoud Bakhshi décrit la société des femmes comme composée de croyantes d’une moralité exemplaire qui, seules, opposent de la résistance aux divers magouilleurs qui les entourent. On peut supposer que ce respect de la religion a joué en faveur de ce film pour franchir le cap de la censure car, pour le reste, la liberté de ton envers les actuels dirigeants de l’Iran est assez surprenante. On sait que les films récents qui osent critiquer le régime politique sont réalisés par des Iraniens en exil dans les pays voisins, comme le Liban. Sauf erreur, Une Famille Respectable a été tourné en Iran avec les moyens d’une production normale, même si l’aspect parfois documentaire de certaines séquences donne le sentiment de prises de vues « à la sauvette », effet recherché par le réalisateur afin d’obtenir un traitement plus "réaliste" de son récit. Regrettons quelques longueurs et une certaine confusion dans l’usage des flashes-back qui ralentissent le rythme de ce premier long-métrage sans, toutefois, entamer gravement ses qualités.

Après avoir difficilement réglé ses conflits familiaux et, enfin, récupéré son passeport, Arash ira se joindre à une manifestation d’étudiants au lieu de prendre la route de l’aéroport : son choix est donc fait. Malgré ces évidentes hardiesses, il ne semble pas que Massoud Bakhshi soit menacé pour l'instant par le Pouvoir comme d’autres réalisateurs iraniens. Pourvu que ça dure…