La Vierge, les Coptes et moi

Film égyptien de Namir Abdel Messeegh

Avec Namir Abdel Messeeh, Siham Abdel Messeeh


Sélection Festival de Berlin, Sélection ACID Cannes 2012


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 29-08-2012

Durée: 1h31

 

Monopolythéisme

Afin de bien cadrer la situation, un peu d’Histoire pour commencer :

Après plus de trois millénaires de pouvoir pharaonique, les Grecs, puis les Romains occupent l’Egypte en assimilant, entre autres, les m½urs et les dieux locaux qu’ils récupèrent dans leur propre Panthéon. Soulignons qu’aux temps bénis du polythéisme, la cohabitation des différents cultes n’engendrait pas de guerres de religion.

Hélas, le monothéisme fait son apparition : le Christianisme se répand dans tout le Proche-Orient et entreprend de démolir les traces de ce paganisme honni dont l’abondante production artistique attire aujourd’hui les foules dans les musées du monde entier. Les Coptes (Coptos signifie "Egyptien" en grec) sont les descendants de ces Chrétiens des origines et leur langue liturgique, dernière trace de l’égyptien ancien, a considérablement aidé au déchiffrement des hiéroglyphes.

« Enfin, Mahomet vint…» et l’Islam, importé de l’Arabie voisine, rafla la première place et imposa la langue arabe. Aujourd’hui, l’Egypte compte 80 000 000 d’habitants dont 10 000 000 de Coptes environ.

Namir Abdel Messeeh est donc issu de cette (relative) minorité religieuse mais il a été élevé en France où s’étaient établis ses parents. Ceux-ci sont restés croyants, mais la libre pensée de nos régions a largement entamé la foi de leur fils, frais émoulu de la Femis, qui, à propos de prétendues apparitions de la Vierge au Caire puis à Assiout, décide de faire un documentaire sur ces miracles douteux dont la photographie n’a guère conservé de traces crédibles. Ce projet horrifie sa mère mais Namir tient bon et débarque au Caire où il prend un taxi pour voir l’église où serait apparue la Vierge Marie devant une foule en délire où se trouvait le Président Nasser, lui-même. (Il faut préciser que le culte marial est, bizarrement, adopté par une partie des Musulmans et il n’est pas exclu que des arrière-pensées électorales aient pesé dans la balance). L’enquête s’avérant peu probante au Caire, Namir fonce vers Assiout, lieu de la seconde apparition et berceau de la famille Abdel Messeeh.

J’arrête là ce bref avant-propos afin de vous laisser apprécier les péripéties jubilatoires de la suite et les difficultés que va rencontrer notre jeune réalisateur pour faire aboutir son projet. Dans un pays où la mention de la religion est obligatoire sur la carte d’identité, on imagine bien que l’athéisme n’est pas un atout pour obtenir l’aide des Autorités. Sur un ton d’autodérision permanente, ce vrai-faux documentaire se nourrit essentiellement de l’impossibilité de tourner un faux-vrai documentaire tant les difficultés apparaissent à chaque étape des tentatives de tournage. Cette sorte de journal de bord des échecs successifs évoque souvent la veine de Nanni Moretti dans ses meilleurs moments. Lassé par les problèmes incessants d’une entreprise aussi balbutiante, le producteur abandonne et c’est finalement la mère de Namir, ancienne comptable, qui va débarquer pour tenter de financer la finition. Mais tant de mois ont passé depuis les débuts de l’aventure que le premier montage n'est prêt que lorsque la Révolution éclate dans les rues du Caire. Cet évènement imprévu ranime l’intérêt du producteur qui téléphone pour savoir si le film pourrait établir un lien entre l’apparition de la Vierge et les évènements de la Place Tahrir. « De quoi tu me parles ? » demande Namir, au courant de rien. Cette pirouette ultime donne bien le ton de cette comédie enjouée d’un genre inédit.