Vous n'avez encore rien vu

Film français de Alain Resnais
Inspiré par EURYDICE de Jean Anouilh Adaptation de Laurent Herbiet et Alain Resnais

Avec Pierre Arditi, Sabine Azéma, Lambert Wilson, Anne Consigny, Mathieu Amalric, Hippolyte Girardot, etc...





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 26-09-2012

Durée: 1h55

 

Pas vu, pas de Prix !

Je consacre généralement cette chronique à des premiers films, ou à des oeuvres exotiques venant de réalisateurs inconnus de nous. Il faut souvent faire appel à l’indulgence pour trouver quelques qualités à des balbutiements monotones qui masquent (peut-être) un talent futur. Mais, de temps en temps, on éprouve le besoin de se ressourcer et de vérifier que le Cinéma peut aussi être un art. Lorsque l’infatigable Alain Resnais nous offre le fruit de sa dernière expérience filmée, on reste admiratif, une fois de plus, devant l’évidence d’un talent créateur qui féconde, chaque fois, l’expression cinématographique. Durant le long parcours de ce cinéaste, certains films m’ont troublé ou déçu - entre autres, je ne raffole pas des Herbes folles - mais la diversité de ses choix, la recherche permanente et l'ambition artistique demeurent exceptionnelles dans le cinéma mondial actuel. Lors des premiers tours, le jury de Cannes avait d’ailleurs mentionné Vous n’avez encore rien vu dans chaque catégorie de prix à décerner, jusqu’au vote final qui l’écarta du palmarès.

Sous ce titre ironique, Alain Resnais nous propose la rencontre de plusieurs générations de comédiens venant assister à la projection de la captation d’une pièce qu’ils ont, en leur temps, interprétée et que joue, à présent, une troupe de jeunes acteurs dans le décor délabré d’un hangar simulant un buffet de gare. La découverte et l’effet de surprise restant un des plaisirs du spectateur, je ne dévoilerai pas davantage le scénario pour le cas - improbable - où mon lecteur ne saurait pas déjà tout de cette histoire grâce à la chorale des critiques parues. Je me contenterai de souligner, à mon tour, la grande qualité de tous les éléments qui composent le film (image, décors, musique et, bien sûr, comédiens) avec un petit bémol pour la participation de ceux-ci : de la nombreuse troupe convoquée par le réalisateur, seuls six acteurs ont réellement un rôle important, les autres faisant de la figuration quasiment muette, assis dans la pénombre de la salle de projection. Mais je n’exprimerai qu’un vrai regret : l’ultime série de plans explicatifs qui conclut lourdement un récit jusqu’alors virtuose. Mais ce reproche in fine ne doit écarter personne du plaisir d’aller découvrir un spectacle aussi riche et brillant.