COMPLIANCE
COMPLIANCE

Film américain de Craig Zobel

Avec Ann Dowd, Dreama Walker, Pat Healy, Bill Camp, Philip Ettinger, James McCafrey


Sélection officielle aux Festivals de Sundance, Locarno, Deauville


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 26-09-2012

Durée: 1h30

 

Sado-MacDo

Les distributeurs estimant que notre public est désormais bilingue ne se donnent plus la peine de proposer un titre français pour les films qu’ils nous présentent. Pour les quelques spectateurs incultes, précisons que Compliance est plus proche de l’idée de "Soumission" que de "Complaisance" (encore que, après avoir vu le film…)

La jeune Becky est caissière dans un fast-food. Tandis que le personnel s’active à l’heure de pointe, Sandra, la gérante, reçoit un appel téléphonique de la police faisant état de la plainte d’une cliente qui accuse Becky de lui avoir volé de l’argent. Celle-ci repousse avec force cette accusation que les employés du bar trouvent également insensée. Mais, au bout du fil, l’inspecteur insiste pour qu’on isole la jeune fille dans la réserve et qu’on la garde sous surveillance en attendant l’arrivée des policiers. Il demande à Sandra de la fouiller, puis de la déshabiller pour une inspection plus intime. De plus en plus manipulée, Sandra, en bonne citoyenne, obéit à ces ordres puisqu’ils émanent de la voix de l’Autorité, attitude qui finit par contaminer aussi les autres employés. Cette soumission aveugle rappelle l’expérience du Professeur Milgram, effectuée en 1963 à l’Université de Yale, sur la capacité de gens « normaux » à se transformer en tortionnaires. Cet étrange comportement avait déjà été évoqué dans une séquence du film d’Henri Verneuil, I Comme Icare (1979). Deux avertissements nous informent, en début et en fin, que le scénario est tiré d’une histoire vraie et que les Etats-Unis ont recensé déjà 70 cas de canulars téléphoniques pervers identiques.

La réalisation de Craig Zobel souffre évidemment de ce long huis-clos suspendu aux ordres de cette voix off autoritaire dont l’insistance devient rapidement suspecte pour le spectateur. Flairant la lassitude qui menace, le réalisateur finit par nous dévoiler cet interlocuteur afin de faire rebondir l’intérêt et varier les décors : désormais, le public est confirmé dans ce qu’il soupçonnait depuis longtemps, mais les naïfs tortionnaires occasionnels n’ont pas l’esprit aussi vif et continuent - avec " complaisance " - à dévêtir la malheureuse Becky jusqu’à l’estocade finale. En fait, l’unique surprise vient de ce que ce harceleur tenace, au lieu des pratiques onanistes qu'on imagine, se livre à la confection de sandwiches appétissants sans quitter son téléphone. Si vous estimez que c’est là le comble de la perversité, tapez 1. Si non tapez 2.