Summertime
The Dynamiter

Film américain de Matthew Gordon

Avec William Patrick Ruffin, John Alex Nunnery, Patrick Rutherford, Ciara McMillan, Lane Rodgers, Joyce Baldwin, Debra Toth


Sélection 62e Festival du Film de Berlin - Prix du Jury Deauville 2011


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 04-07-2012

Durée: 1h13

 

Fratrie bancale

Après quinze années de reportages divers, Matthew Gordon décide de rajouter encore cinq ans dans une école de cinéma « pour tenter de concilier son goût pour la fiction avec celui pour le documentaire » : Summertime est le fruit de cette synthèse. Pour une fois, reconnaissons que le titre « français » (?) semble mieux convenir à ce récit estival que le titre original, l’insolite The Dynamiter.

Dans une bourgade perdue du Mississippi, Robbie, 14 ans, assure l’existence de sa vieille grand’mère muette et de son jeune demi-frère, Fess, dont l’activité principale consiste à engloutir sans cesse tout ce qui se mange, se suce ou se boit. Né de père inconnu et délaissé par une mère absente, Robbie ne fréquente guère l’école et grappille quelques dollars en faisant le pompiste à la station service voisine. Le retour imprévu d’un frère aîné lui laisse espérer qu’un semblant de vie de famille va peut-être, enfin, modifier son existence. Il n’en sera rien, hélas. Malgré cette existence désespérante, Robbie conserve son bon sourire et une forme d’optimisme inébranlable. Ce faux long métrage (1h13) est le développement d’un court métrage réalisé par Matthew Gordon lors de ses études à l’American Film Institute. Mais cette chronique provinciale, calibrée pour un court sujet, a bien du mal à s’étirer jusqu’aux 90 minutes fatidiques qu’elle n’a pu atteindre. C’est là le point faible de l’entreprise car les moyens métrages ont toujours posé problème aux exploitants pour constituer un programme.

Cependant, les efforts consentis par tous les participants pour mener à bien ce projet méritent notre estime. Le financement a été réuni par une sorte de coopérative entre le réalisateur, les amis et la famille; les acteurs, choisis parmi près de 900 candidats tous amateurs, ont accepté de ne pas être payés et l’équipe a logé chez l’habitant durant les semaines de tournage. Nous sommes là devant un film réellement "hyper" indépendant, aux antipodes du star system hollywoodien et la formation documentariste de Matthew Gordon - clef d'une réelle aisance à capter le quotidien de tous ces personnages simples - donne un résultat remarquable qui évoque souvent la fraîcheur des films des grands anciens, comme Flaherty ou Georges Rouquier. Quand il aura acquis autant d’aisance dans la rédaction d’un scénario de fiction, cet intéressant réalisateur aura réussi la synthèse dont il rêve.