El Campo
El Campo

Film argentin de Hernan Belon

Avec Dolores Fonzi, Leonardo Sbaraglia, Matilda Manzano, Juan Villegas, Pochi Ducase, Javier Viola, Rodolfo Raul Benegas


Selection Semaine de la Critique Venise 2011


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 13-06-2012

Durée: 1h25

 

Retour à la terre

Les premières images sont troublantes : Eric Cantonna conduit sa voiture durant une nuit brumeuse avec Elisabeth Guigou somnolant à ses côtés. Elle a de la chance d’y parvenir car, à l’arrière, leur petite fille Matilda ne cesse de ronchonner et de pleurnicher, habitudes qu’elle conservera jusqu’à la fin du film, hélas. Après un trajet angoissant, la voiture s’arrête devant une vieille maison perdue dans des bois inhospitaliers. Cette première nuit, entrecoupée de bruits étranges, va être bien longue dans une chambre aussi glaciale… Enfin, le jour finit par se lever, ce qui nous permet de mieux identifier le couple qui vient d’acquérir cette maison peu séduisante : Dolorès Fonzi (Elisa) et Leonardo Sbaraglia (Santiago). Malgré le délabrement des lieux et un inconfort total, le mari semble plutôt satisfait de son acquisition ; de toute évidence, l’épouse est moins enthousiaste et aurait une tendance certaine à ne voir, dans la vie, que les verres à moitié vides. Quant à la petite Matilda, elle couine sans se lasser… La visite inattendue d’une vieille voisine peu séduisante et la découverte du proche village quasiment désert ne réconfortent guère cette épouse pessimiste qui ne cache plus son désaccord de vivre désormais à la campagne, elle qui adorait la ville.

Il y avait là un problème de couple suffisamment riche en conflits larvés dont on peut imaginer le scénario qu’Antonioni, orfèvre en "incommunicabilità", aurait proposé. Malheureusement, pour son premier long-métrage de fiction, Hernán Belón n’a pas cru aux seules possibilités de cet affrontement conjugal qui va opposer le couple jusqu’à le menacer de rupture et s’est cru obligé de charger la barque avec toutes « les conventions du film de suspense (sic )» à l’ancienne : scènes nocturnes, grincements sinistres, orages diluviens, voisins étranges, menaces imaginaires, etc. Pour faire bonne mesure, le couple abandonne également, durant de longues séquences, la chouineuse Matilda dans sa poussette afin de nous fourvoyer sur la piste d’un possible rapt d’enfant (ce qui, avouons-le, soulagerait bien nos oreilles). On peut regretter ces choix outranciers, car la réalisation, les comédiens et le sujet d’El Campo étaient suffisamment solides pour maintenir notre intérêt envers ce couple en difficulté.