Une seconde femme
Kuma

Film autrichien de Umut Dag

Avec Nihal G. Koldas, Begüm Akkaya, Verdat Ericin, Murathan Muslu, Alec Imak, Aliye Esra





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 06-06-2012

Durée: 1h33

 

Famille décomposée

Umut Dag est né à Vienne de parents kurdes immigrés. Il est donc Autrichien de première génération. Après diverses études, finalement attiré par le cinéma, il réalise quelques courts-métrages et poursuit ses études à l’Académie du Film de Vienne où enseigne, entre autres, Michael Haneke. Il nous présente son premier long métrage, Une Seconde Femme, consacré aux difficultés que rencontrent toutes ces familles débarquées en Europe qui, au lieu d’adopter les moeurs du pays d’accueil, tentent de maintenir celles du village qu’elles ont quitté et dont les traditions ont de quoi surprendre nos façons de vivre.

Fatma et Mustafa habitent à Vienne avec leurs six enfants. Le couple est déjà âgé et Fatma gravement malade. Comme ses jours sont comptés, elle s’inquiète pour l’avenir de sa famille et pousse son fils aîné à épouser Ayse, une jeune fille de leur village, afin qu’elle prenne sa place lorsqu’elle sera morte. Il s’agit d’un mariage blanc car, en réalité, elle destine Ayse à son mari comme seconde épouse. Après les « noces » en Turquie, la jeune fille débarque à Vienne où l’accueil est mitigé parmi les enfants mais assez positif en ce qui concerne le vieux Mustafa qui met gaillardement Ayse dans son lit et rajoute un septième bébé à sa déjà nombreuse descendance. Fatma, ravie, est enfin rassurée. Mais le mal qui la ronge l’envoie aux urgences où elle va être opérée : la famille attend l’issue dans l’angoisse… Fondu.

Au cimetière, tout le monde est effondré autour de la tombe, y compris Fatma, car c’est le vieux Mustapha qui est mort, sans doute achevé par la jeune épouse ! Après ce coup de théâtre "alla turca", Umut Dag nous ménage d’autres surprises pour la suite de ce mélo oriental qui se déroule au XXIe siècle, à Vienne, au milieu d’Autrichiennes blondes qui poussent leurs caddies dans les supermarchés. Je me garderai bien de les dévoiler afin de préserver la découverte de ces épisodes successifs au futur spectateur. C’est évidemment au niveau du scénario qu’Une Seconde Femme nous intrigue, car les déboires sentimentaux que va subir Ayse jusqu’au bout de son calvaire ne semblent guère impressionner l’auteur-réalisateur qui nous les livre de façon factuelle, sans prendre parti, tel un Ponce-Pilate viennois. Son intention avouée est de n’exprimer ni critique ni soutien sur les étranges conflits de cette famille décomposée qu’il se contente d’observer sans vouloir faire un film militant. Une partie de la mission est accomplie grâce à une réalisation soignée dans un huis clos où évolue une troupe d’acteurs bien dirigée. Mais dans ces temps ou la parité semble une conquête évidente pour nos sociétés, le sort d’Ayse nous ramène à une morale médiévale qui peut rendre perplexe.