Les Femmes du Bus 678
678

Film égyptien de Mohamed Diab

Avec Nahed El Sebai, Boushra, Nelly Karim, Omar El Saeed, Basem El Samra, Ahmed El Feshawy, Maged El Kedwany


Prix du Public Cinémed - Festival de Montpellier 2011


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 30-05-2012

Durée: 1h40

 

MLF à l égyptienne

Après des études de commerce qui l’amenaient à travailler dans le milieu bancaire, Mohammed Diab ne rêvait que de cinéma : il écrivait des histoires qu’il proposait à ses clients concernés par le "show-biz" jusqu’au jour où l’un d’eux s’intéressa à l’un de ses sujets et encouragea notre jeune auteur à devenir vraiment scénariste. Après avoir écrit quatre films d’action qui le firent connaître, il décide de sauter le pas et de réaliser enfin son premier long métrage en s’inspirant d’un procès exceptionnel pour l’Egypte qui avait vu la condamnation à trois ans de prison d’un homme pour harcèlement sexuel, dans un pays où cette pratique est tellement courante qu’aucune femme n’avait osé jusqu’alors porter plainte.

Noha Rushdi, la victime, fut couverte de quolibets et n’eut même pas droit au soutien massif des millions d’Egyptiennes harcelées. Scandalisé par ce désaveu, Mohammed Diab avait donc trouvé là le sujet de son premier film dont il pensait faire un court-métrage. Mais une des interprètes pressenties, la chanteuse Boushra, l’encouragea à être plus ambitieux et à en faire un long métrage qu’elle accepterait de financer. Musulman pratiquant - donc arrivé vierge au mariage - Mohammed Diab écarte évidemment l’Islam comme cause principale de ce fléau mais désigne en fait la situation économique de tous les pays pauvres qui maintiennent les jeunes hommes dans l’abstinence tant qu’ils n’ont pas les moyens financiers de se marier. Cette frustration universelle a même amené le très catholique Mexique à créer des bus pour hommes et des bus pour femmes pour tenter d’atténuer le harcèlement !

A partir de ce cahier des charges austère, il fallait construire un scénario, étape qui revenait naturellement à Mohammed Diab. Il a tracé le portrait de trois femmes, de milieux sociaux différents, qui se rencontrent et s’unissent pour lutter contre ce machisme hypocrite et frôleur qui sévit, entre autres lieux, dans les transports en commun bondés. Ces « Robine des Bus » exaspérées contre-attaquent sévèrement en blessant les peloteurs là où ça fait mal, au point que la Police finit par s’émouvoir et missionne un inspecteur atypique pour tenter d’élucider la raison des agressions dont sont soudain victimes les attoucheurs invétérés. L’humour n’est pas absent de ce film qui se faufile entre drame et comédie jusqu’à une conclusion d’un optimisme mesuré. Mais le scénario, trop influencé par les récits entrecroisés d’Iñarritu, se perd souvent dans des flashes-back inutiles, reprenant certains fragments de scène déjà vues qui brouillent le fil du récit plutôt que de le clarifier. On peut également souligner que les trois héroïnes ont un sérieux problème avec les hommes et la relation conjugale, ce qui ne contribue pas à apaiser leur soif de vengeance :

Fayza, pourtant mère de deux enfants, fuit tous rapports avec son mari, allant jusqu’à ingurgiter des oignons crus pour l’éloigner avant d’aller au lit. (Il finira d’ailleurs dans la confrérie des tripoteurs). Seba, la bourgeoise "bcbg", se refuse également au sien depuis qu’elle a été agressée à la sortie d’un match de foot - sans qu’il intervienne – puisqu’il la trouve désormais souillée ! La jeune Nelly est certes moins abstinente, mais elle souffre de voir son fiancé - si doué pour le "one man show" - abandonner l’idée d’être comédien et choisir une carrière « sérieuse », clé de l’approbation familiale pour leur future union.

Ces légères réserves ne condamnent évidemment pas ce premier film extrêmement audacieux dans le contexte ancestral de la société égyptienne, d’autant que le printemps (?) arabe ne semble guère la faire évoluer jusqu’à présent dans le sens souhaité par Mohammed Diab, les manifestants de la Place Tahrir et la fameuse Communauté Internationale... Sorti en Egypte avec succès un mois avant la Révolution, Les femmes du Bus 678confirme le sentiment assez troublant que c’est dans les régimes dictatoriaux que la contestation de la société parvient à s’exprimer le plus facilement pour les cinéastes.