Contrebande
Contraband

Film américain de Baltasar Kormakùr

Avec Mark Wahlberg, Kate Beckinsale, Ben Foster, Giovanni Ribisi, Lukas Haas, Caleb Landry Jones, Diego Luna, J.K.Simmons





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 16-05-2012

Durée: 1h51

 

Enfin, le crime paye

En 2000, un jeune réalisateur islandais, Baltasar Kormákur, réalisait un premier long métrage plein d’originalité et de promesses : 101 Reykjavik qui évoquait, dans un climat polaire, l’atmosphère et les héros glandeurs des Vitelloni. Le film reçut un accueil international favorable qui lui ouvrit les portes d’une carrière aux Etats-Unis. La suite de sa production, malheureusement, n’eut plus guère de rapport avec l’influence fellinienne : le rouleau compresseur hollywoodien était passé par là. Après quelques films, il réalise et interprète, en 2008, une première version de Contrebande, thriller scandinave qui s’intitulait alors Reykjavik-Rotterdam. Bien accueilli en Europe, Baltasar Kormákur propose d’en réaliser lui-même un remake en anglais qui se déroulerait en Louisiane où le problème des trafics illicites est bien plus important qu’en Islande. Le comédien Mark Wahlberg – qui est également producteur - s’intéresse au projet et le film peut voir le jour.

Evidemment, l’industrie américaine a transformé notre Fellini scandinave en fabricant de films d’action standards qu’il est impossible d’attribuer à un créateur identifiable, tant le résultat est identique. Toujours les mêmes ingrédients : poursuites en voitures ou en bateaux, cascadeurs virtuoses, rafales de toutes les armes en magasin, violence à tous les étages, maîtrise des effets spéciaux, « bad guys » caricaturaux qui menacent la femme et les enfants du « héros », enfin inévitable "happy ending" pour conclure. Bien entendu, la qualité technique de tels produits est toujours irréprochable et on imagine bien volontiers que la réalisation de ces exploits surhumains est plus difficile à « mettre en boîte » qu’un dialogue en champ/contre-champ dans une chambre de bonne parisienne et qu’elle doit exciter le démiurge qui sommeille en tout réalisateur. Même s’il s’en satisfait, on peut tout de même regretter que Baltasar Kormákur ait perdu une « patte » si prometteuse, qui était l’indice d’une vraie personnalité, pour se perdre dans la myriade de ces filmeurs interchangeables.

La seule note humoristique de cette aventure, où les morts ne se comptent plus, arrive à l’ultime minute de projection, lorsque les contrebandiers prennent conscience qu’une grande bâche maculée de peinture qu’ils trimballent sans précautions depuis le début de leur aventure est, en réalité, une toile de Jackson Pollock qui vaut dix fois le prix de la cargaison de drogue qu’ils ont transporté avec tant de difficultés. Embrassades et joyeux éclats de rire concluent cette hécatombe, mais qui s’en soucie ? Quant à l’évident talent de comédien de Mark Wahlberg, il s’exprime plus nettement devant les caméras de Scorsese ou de James Gray que dans ce thriller convenu.