Tue-moi

Film allemand de Emily Atef

Avec Maria Dragus, Roeland Wiesnekker, Wolfram Koch, Christine Citti





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 25-04-2012

Durée: 1h31

 

Mal de vivre

Pour son troisième long-métrage, Emily Atef confirme son goût pour les caractères féminins hors normes et on peut voir dans Tue-moi, qui dépeint la tendance suicidaire d’une adolescente, la suite possible - quinze années plus tard – de L'Etranger en moi(2008) qui décrivait les tourments d’une mère que son bébé n’intéressait pas du tout. Cette réalisatrice franco-iranienne, qui vit à Berlin où elle a étudié le cinéma, ne s’inscrit pas dans la mouvance de l’actuelle génération des jeunes cinéastes allemands, mais semble plutôt influencée par le cinéma que pratique Michael Haneke, surtout durant les premières séquences qui ouvrent son récit.

Dans la campagne allemande, debout au bord d’une falaise abrupte, Adèle contemple le vide et n’arrive pas à sauter. Elle travaille dur dans la ferme familiale, soigne les vaches et partage les repas silencieux de ses parents avant d’aller se coucher en attendant un lendemain aussi désespérant que la journée écoulée. Cette série de scènes courtes et efficaces, presque muettes, nous éclaire sur le mal être d’Adèle... Un meurtrier évadé de prison s’introduit dans la ferme pour s’y cacher. L’adolescente voit dans ce fuyard hirsute la solution à son désespoir : « Je veux bien aider ton évasion, mais à une condition : ensuite, tue-moi !». L’homme, qui exerce une fascination morbide sur Adèle, acquiesce. Commence alors un "road movie" pédestre où ce couple désassorti, à travers champs et forêts, se dirige difficilement vers la France voisine pour prendre la route du Sud, en direction de Marseille, là où le fuyard espère retrouver son frère.

Comme très souvent, le prologue séduit par son traitement inventif, l’étrangeté de la situation et le caractère inhabituel des personnages. Malheureusement, le scénario s’essouffle progressivement et a du mal à maintenir l’intérêt du spectateur jusqu’à la conclusion de cette longue randonnée. Emily Atef est nettement plus à l’aise dans la grisaille des aubes germanique que dans la lumière dorée de la Provence où elle ne peut échapper ni aux clichés locaux ni à une certaine naïveté, comme dans la séquence où, pour bien souligner l’absence de tendance pédophile du fugitif, elle le jette dans les bras d’une improbable automobiliste compatissante, le temps d’une brève halte. L’intéressante rigueur qui caractérisait le prologue allemand disparait avec l’arrivée des cigales et, surtout, la longue séquence finale marseillaise – certainement tournée dans un autre port – est faite d’allers-retours sans inspiration entre les calanques et la ville, introduisant une fin de film totalement dépourvue de ressort dramatique. Bravement, Emily Atef a tenté de résoudre le problème le plus difficile du cinéma lorsqu’on ne dispose que d’une heure et demie pour rendre plausible la description d’un exode de près de mille kilomètres qui demanderait, à pied, plusieurs semaines. Bien entendu, l’ellipse est l’atout fondamental du récit filmé : bien maîtrisée, elle peut apporter souplesse et cohérence, sinon on risque de tomber dans le répétitif laborieux, défaut majeur de ce scénario dont la conclusion n'égale pas les qualités de tension de son prologue.