Querelles

Film iranien de Morteza Farshbaf

Avec Sharareh Pasha, Kiomars Giti, Amir Hossein, Sahar Dolatshahi, Peyma Moaadi, Adel Yaraghi


Lotus d Or au Festival du Film Asiatique, Deauville


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 25-04-2012

Durée: 1h25

 

Road moviranien

Comme tout jeune réalisateur ambitieux, Morteza Farshbaf tente de renouveler le langage cinématographique en s’écartant des règles établies, attitude qui avait caractérisé la Nouvelle Vague française il y a un demi-siècle. Non sans humour, Morteza Farsbbaf remet en question les bases du langage cinématographique :
1- Qu’est-ce qu’un film ? Une succession d’images. Il commence donc le sien par dix minutes de noir durant lesquelles on entend une violente scène de ménage qui se termine par un claquement de portière et un démarrage dans la nuit : au passage, les phares de la voiture qui s’éloigne vont éclairer un jeune garçon, Arshia, qui a tout entendu, allongé sur son lit. Jolie trouvaille pour conclure cette séquence d’ouverture qui nous met en appétit .
2- Un film, c’est également un scénario abondamment envahi par des dialogues depuis 1929. Querelles nous propose donc un couple de sourds-muets qui emmène leur neveu - le peu bavard Arshia - vers Téhéran lors d’un interminable trajet en voiture. On retrouve là l’influence « auto maniaque » d’Abbas Kiarostami dont Morteza Farshbaf a été l’assistant. Hommage ou parodie ? A vous de juger.


Avec ces partis-pris insolites, on imagine que le réalisateur va tenter un exercice de style redonnant au film muet la place qu’il a perdue, Yoyo et The Artist exceptés. Ce ne sera pas exactement le cas car son couple sourd-muet est exceptionnellement bavard (!) et souligne sa communication gestuelle en articulant des sons qui semblent être du persan (pour en être sûr, il faudrait voir si les copies originales projetées en Iran comportent, ou non, des sous-titres). La querelle des parents de l’enfant qui ouvrait le film s’enchaîne donc avec celle de l’oncle et la tante réglant leurs comptes en ramenant chez eux ce neveu qui est peut-être devenu orphelin à la suite d’un éventuel accident d’automobile. Ils désirent le recueillir car ils n’ont pas eu d’enfants, source d’un conflit non éteint qui est resté une pomme de discorde. La relation entre ces personnages devient encore plus étrange lorsqu’on découvre que, finalement, Arshia connaît le langage des sourds et qu’il comprend donc la situation depuis le début, ce qui va orienter le film vers une fin plus grave que les épisodes plutôt légers du début de cette randonnée laissaient supposer.

Tout n’est pas entièrement maîtrisé dans le scénario de cet intéressant premier film, surtout le statut ambigu des scènes « dialoguées » entre sourds-muets, mais il reste parsemé d’idées originales comme le « silence » des gestes qui s’interrompent chaque fois que la voiture traverse un tunnel routier plongé dans l’obscurité. On peut imaginer que, poursuivant sa démarche fondamentale de remise en question des poncifs du cinéma, le prochain sujet de Morteza Farsbbaf pourrait être consacré à des aveugles qui verraient ?