La Terre outragée

Film français de Michale Boganim

Avec Olga Kurylenko, Andrzej Chyra, Ilya Iosifov, Sergey Strelnikov, Vyacheslav Slanko, Nicolas Wanczycki, Nikita Emshanov, Tatyana Rasskazova, Julia Artamonov, Natalya Bartyeva, Maryna Bryantseva, Vladyslav Akulyonok


Sélection aux Festivals de Venise, Toronto, Angers (2011)


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 28-03-2012

Durée: 1h48

 

Les derniers jours de Pripiat

Le 26 avril 1986, la catastrophe de Tchernobyl va s’abattre sur l’Ukraine. A quelques kilomètres de la centrale s’étend la ville moderne de Pripiat, peuplée de cinquante mille habitants que les autorités vont évacuer de force en trois jours. Une zone interdite de trente kilomètres de diamètre est établie autour du brasier atomique que des sauveteurs kamikazes vont tenter de maîtriser durant les mois qui suivent…

Le 26 avril 1986, dans cette belle matinée de printemps, Anya et Piotr vont se marier. Les joyeux invités de la noce dansent et chantent près de la rivière sur la berge de laquelle Alexeï, qui est ingénieur dans la centrale proche, plante un pommier pour son fils Valery. Dans la forêt voisine, le garde-forestier Nikolaï fait sa tournée. Le spectateur - qui sait la tragédie imminente - est oppressé par l’insouciance de ces futures victimes et guette le séisme qu’il redoute. Or, à l’opposé des films-catastrophes habituels, où les laves du Vésuve déferlant enfin vers les rues de Pompéi constituent le « clou » final et spectaculaire, Michale Boganim alimente notre angoisse, dès le début, par de menus détails successifs dont la noce, qui ne pense qu’à boire et à danser, ne s’inquiète pas. Progressivement, le soleil disparaît, le ciel se couvre, la pluie menace et quand arrive l’averse, une eau de pluie noire macule les nappes et les pièces montées. Tout ce long prologue – presque la moitié du film – est traité dans un style proche du grand cinéma soviétique, lyrique et champêtre, glorifiant le mariage harmonieux de l’homme et de la nature. Le sournois danger qui va détruire ce bonheur apparaît comme encore plus terrifiant. Comme les autres employés, Piotr va finalement être réquisitionné pour aller combattre l’incendie qui ravage la centrale : il n’en reviendra pas.

Dix ans plus tard, Pripiat se dresse comme une ville intacte - mais morte - que des touristes indécents viennent visiter et photographier comme la Pompéi du XXe siècle. La végétation a envahi les rues que des animaux sauvages traversent impunément ; Valery espère toujours y retrouver des traces de son père disparu depuis la catastrophe ; le vieux Nikolaï tente de cultiver son jardin calciné et Anya est devenue guide touristique de ce lieu dévasté. Devenue veuve le jour de son mariage, elle a comme compagnon un homme qui était l’ami de son fiancé mais est très tentée de suivre un prétendant qui lui propose de partir en Europe occidentale. N’ayant pu récupérer sa maison de famille squattée par des réfugiés qui redoutent moins la radioactivité que les guerres civiles qui les ont chassés, Anya est séduite par ce projet de quitter ce lieu lugubre, mais elle perd ses cheveux, porte une perruque et sait qu’elle n’aura jamais d’enfants : elle hésite… Inévitablement, cette seconde partie ne peut retrouver les qualités lyriques de l’admirable prologue qui ouvre le film et la tension du scénario s’affaiblit malgré le talent de l’actrice Olga Kurylenko dont les hésitations sentimentales ne peuvent se comparer au cataclysme qui a écrasé toute cette région ; même sentiment de déception pour la recherche sans espoir d’un passé anéanti que mènent les autres protagonistes survivants. Mais ces faiblesses de scénario n’entament guère l’angoisse que suscite l’efficace message de mise en garde de ce film sur les dangers catastrophiques et imprévisibles de la menace nucléaire qui nous encercle. Pour ce cri d’alarme, c’est l’essentiel.