Perfect Sense

Film anglais de David Mac Kenzie

Avec Eva Green, Ewan McGregor, Ewen Bremner, Connie Nielsen, Stephen Dillane, Denis Lawson, Anamaria Marinca, Alastair Mackenzie


Sélectionné aux Festivals de Sundance et Dinard (2011)


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 28-03-2012

Durée: 1h32

 

Diminuendo

Encore un film-catastrophe sur la fin du Monde, une de ces superproductions où le héros - ou l’héroïne ? – sauve enfin l’humanité d’un virus inconnu dans la dernière minute (je n’ose plus dire « bobine » puisqu’elles ont disparu avec l’invasion de la projection numérique), bref, un de ces blockbusters hollywoodiens infantiles qui réapparaissent inlassablement sur tous les écrans de la planète ?

Tout faux ! D’abord, il s’agit d’un film britannique dont l’action se déroule à Glasgow et tout ce qu’on pouvait craindre n’est pas rendez-vous. Ce film intelligent prend le contre pied de tous ces poncifs redoutés et tend essentiellement vers le minimalisme dans la description d’une catastrophe annoncée : une maladie inconnue qui attaque progressivement nos cinq sens vient d’apparaître. Donc, ne vous attendez pas au raz de marée dévastateur ou aux immeubles qui s’écroulent en images de synthèse car le danger s’installe dans nos têtes et dans nos corps. Sur ce fond d’apocalypse intérieure, donc invisible, Perfect Sense décrit également la naissance d’une passion romantique entre Susan, une brillante scientifique, et un chef-cuisinier qui travaille dans le restaurant voisin, Michael. Après l’odorat, l’attaque sournoise va s’en prendre au goût avec, pour conséquence immédiate, la désaffection de la clientèle des restaurants. Le laboratoire de recherche où travaille Susan ne trouve aucune piste pour comprendre et enrayer le fléau. Mais, qualité essentielle de ce scénario hors normes, le réalisateur maintient le cap de la discrétion et refuse de traiter les scènes de panique habituelles. La vie continue – comme pendant le Blitz en 1940 – et le légendaire flegme local va même ramener, peu à peu, la clientèle dans les commerces désertés, en attendant l’attaque du prochain sens. Ce récit sans violence diffuse une angoisse que ne peuvent atteindre les spectaculaires effets spéciaux en 3D et nous conduit vers une remarquable fin diminuendo lorsque la vue commence à être concernée, plongeant peu à peu les images du film dans l’obscurité et le néant.

Eva Green et Ewan McGregor incarnent idéalement ce couple submergé progressivement par cette insidieuse épidémie et David Mackenzie réussit jusqu’à son terme le pari de nous tenir en haleine sans les vieux trucs habituels des films de science-fiction. Un seul mystère : il ne cite jamais, dans ses déclarations, Kim Fuzp Aakeson fécond scénariste danois de ce film, qui est me semble-t-il l’apport essentiel dans l’originalité du propos. Le redoutable virus aurait-il commencé d’attaquer le sens du partage chez David Mackensie ?