30 Beats

Film américain de Alexis Lloyd

Avec Ingebora Dapkunaite, Jason Day, Vahina Giocante, Paz de la Huerta, Justin Kirk, Ben Levin, Lee Pace, Condola Rashad, Thomas Sadoski, Jennifer Tilly





Par Henri Lanoë
 

Durée: 1h28

 

Bouts de ficelle, selle de cheval, cheval de course...

30 Beats est inspiré par La Ronde, du Viennois Arthur Schnitzel, pièce qui met en scène les préliminaires de dix rencontres amoureuses jusqu’au passage à l’acte - évidemment occulté puisque nous sommes en 1897 - mais que la censure avait cependant interdit durant plus de vingt ans. L’intérêt de la pièce réside dans l’astucieuse structure de cette chaîne de rencontres qui s’entrelacent et maintiennent - pour chaque nouveau personnage - le partenaire précédent, si bien que chaque acteur a deux scènes consécutives à jouer et que le dernier couple refermera la boucle ouverte par la même jeune fille, vierge au début, que l’on retrouvera femme à la fin.

Cette ronde amoureuse a séduit Max Ophüls en 1950 qui en a tiré une version célèbre aux plans-séquences somptueux et Roger Vadim qui reprit ce sujet en 1964, dans une adaptation de Jean Anouilh. Tous les deux ont laissé « dans son jus fin de siècle » cette farandole galante de personnages costumés évoluant dans les décors surchargés de la Belle Epoque.

… Et de trois ! Avec Alexis Lloyd, voici la version new-yorkaise et caniculaire du même thème. Né à Paris, études en France, puis Normale Sup débouchant sur l’Inspection des Finances, il décide, arrivant à la trentaine, de tenter de faire autre chose et pourquoi pas du cinéma ? Il se fait recruter comme assistant-réalisateur en Australie. De là, il gagne Londres où il devient producteur à la tête de Pathé UK. Installé à New-York depuis dix ans, il y réalise deux courts-métrages avant son premier long : 30 Beats. Il a estimé que cette immense ville hybride, pleine de jeunes célibataires en quête de rencontres amoureuses sans les liens conjugaux qui engendrent la mauvaise conscience de l’adultère et de l’infidélité, devait être le décor idéal pour cette "Ronde new-wave". Point de vue intéressant, mais c’est peut-être là le maillon faible de cette chaîne américaine : ces couples trop libres se rencontrent et bavardent abondamment avant de faire l’amour, comme s’ils allaient à la piscine ou boire un Coke au coin de la rue. Sans la nécessaire épée de Damoclès d’un risque encouru, cette succession d’accouplements suggérés devient assez vite fastidieuse car il y manque un peu d’amour et surtout le piment que procure la transgression d’un interdit, ce qui était le cas au temps d’Arthur Schnitzel et de ses censeurs, je suppose. Mais comme Alexis Lloyd a clairement précisé qu’il ne s’agit pas d’une adaptation de la pièce mais d’une sorte de libre variation autour de l’idée qu’elle contient et que, de plus, ses personnages n’ont aucun rapport avec ceux de l’œuvre originale, on peut lui accorder le bénéfice du doute et apprécier les nombreuses qualités de cette première réalisation, entre autres l’excellente troupe de jeunes acteurs qu’il a sélectionnée pour tourbillonner dans cette valse à « 30 Temps ».