Une Bouteille à la Mer

Film français de Thierry Binisti
d après

Avec Agathe Bonitzer, Mahmoud Shalaby, Hiam Abbas, Jean-Philippe Ecoffey, Riff Cohen, Abraham Belaga





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 08-02-2012

Durée: 1h39

 

Faisons un rêve

S’inspirant de souvenirs personnels, Valérie Zenatti a écrit un roman - Une Bouteille dans la Mer de Gaza - que Thierry Binisti a adapté pour l’écran. Sa famille ayant quitté la France pour s’établir à Jérusalem, la jeune Valérie a passé son adolescence au coeur de ce conflit interminable qui déchire Israéliens et Palestiniens depuis plus de soixante ans, sans qu’apparaisse l’amorce d’une solution. Une fois de plus, nous voyons un film aborder cette situation bloquée avec le désir de laisser s’exprimer les points de vue antagonistes, attitude que les politiciens en place dans la région n’adoptent guère. Quand on voit le nombre de cinéastes - israéliens ou palestiniens - qui réalisent depuis des décennies des films dénonçant les injustices qu’entraîne ce conflit, on a l’impression que la paix serait rétablie depuis longtemps s’ils prenaient le pouvoir au lieu d’une caméra.

C’est la conclusion à laquelle est parvenue la jeune Tal qui, après un attentat meurtrier à Jérusalem, écrit naïvement un message à un « terroriste » palestinien inconnu pour savoir comment on peut aller se faire déchiqueter avec une ceinture de grenades autour de la taille pour tuer des civils dans un bar : elle y joint son adresse e-mail et enferme cet appel dans une bouteille que son frère aîné, en garnison près de Gaza, ira jeter à la mer. Le message parvient à un jeune Palestinien, Naïm, qui y répond : un lien internet se tisse entre ces deux jeunes « ennemis » qui vont, progressivement, s’apprécier et frôler la trahison aux yeux de leur propre communauté. On voit combien ce pacifisme généreux et tolérant est loin de la situation réelle, mais on peut toujours rêver qu’un accord finira un jour par régner entre les deux camps hostiles, permettant enfin à Tal et Naïm de se rencontrer « physiquement ». Le charme candide de ces Roméo et Juliette proche-orientaux doit beaucoup au couple que forment Agathe Bonitzer et Mahmoud Shalaby. Cette romance webo-épistolaire est efficacement mise en images par Thierry Binisti, malgré les difficultés inhérentes au choix d’un tel sujet, en tête desquelles se trouve l’impossibilité de tourner avec des Israéliens sur ce qui reste du territoire palestinien (et réciproquement). S’inspirant de l’Orchestre de Daniel Barenboim, le réalisateur a fini par travailler en Israël avec une équipe israélo-palestinienne qui a participé à ce projet sans incidents, tant cette collaboration semble correspondre au désir profond de la majorité des deux communautés. Je vous disais bien que, seul, le Cinéma (et la musique) auraient une petite chance de pouvoir ramener la Paix.