Another Happy Day

Film américain de Sam Levinson

Avec Ellen Barkin, Kate Bosworth, Ezra Miller, Demi Moore, Ellen Burstyn, Thomas Haden Church, George Kennedy


Prix du Scénario-Sundance 2011


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 01-02-2012

Durée: 1h55

 

Family life

p>Sam Levinson, 26 ans, fils de Barry, premier film et Prix du Scénario à Sundance. Comme il le déclare nettement : « Pour moi, le cinéma était le seul job envisageable sans diplôme. Soit j’y arrivais, soit j’étais foutu ! » Il y est arrivé. Ecrit en 23 jours et tourné en 23 jours, Another Happy Daydénote une maîtrise que l’on voit rarement chez un débutant.

Le scénario entre dans la catégorie de ces films qui décrivent des réunions familiales occasionnelles (Noël, deuils ou mariages) pleines de rebondissements tragi-comiques où les invités passent le séjour à régler leurs comptes. Mais Sam évite adroitement les pièges du déjà-vu en faisant s’affronter des personnages ambigus, où le bon et le mauvais cohabitent, sans nous forcer à faire des choix. Dans la galerie des portraits présentés, le jeune Eliott remporte la palme de l’ado déjanté grâce à l’interprétation d’Ezra Miller, déjà remarquable dans We need to talk about Kevin, compliment à partager avec l’ensemble des comédiens.

Essentiellement tourné à l’intérieur de la maison, la menace du théâtre filmé risque de gommer les qualités de ce film qui prend appui sur un dialogue incessant et abondant. Pressentant ce danger, Sam Levinson a établi sa mise en images sur de longs plans séquences où les acteurs peuvent conserver leur propre tempo, sans être interrompus par le fastidieux aller-retour du champ-contrechamp traditionnel. Démarche encore plus hardie : il a supprimé les répétitions et, après avoir tracé les grandes lignes de ce qu’il attend des acteurs, il lance la caméra en leur laissant une grande liberté d’interprétation, reconnaissant honnêtement que, souvent, il choisit la prise préférée du comédien. Enfin, réelle preuve d'autorité, il a supprimé le contrôle vidéo immédiat sur le plateau – qui permet à toute l’équipe d’intervenir sur la prise de vues – pour garder le contrôle de ses choix, liberté plutôt rare dans le cinéma américain. Le résultat est convaincant : Another Happy Day est un film enlevé, aux scènes cocasse ou émouvantes, souvent imprévisibles, qui nous fait surtout découvrir un auteur original qui se cache derrière un cinéaste un peu trop sage. Le Jury de Sundance a été du même avis.