J.EDGAR

Film américain de Clint Eastwood

Avec Leonardo di Caprio, Armie Hammer, Naomi Watts





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 11-01-2012

Durée: 2h15

 

...and the Halloweener is...

S’attaquer à la vie du mystérieux John Edgar Hoover, tyrannique fondateur du F.B.I. dans les années trente, lorsque les gangsters issus de la prohibition régnaient sur les Etats-Unis, est un projet qui avait tout pour séduire le cinéaste majeur qu’est devenu Clint Eastwood. Cet acteur, révélé par les westerns spaghetti, s’est mis courageusement derrière (et devant) la caméra en 1971 avec Frisson dans la nuit et la maîtrise de ce premier film nous informa de la naissance d’un créateur original.

Suivront, dans une production où alterneront westerns crépusculaires et polars sadiques, quelques diamants où le talent d’Eastwood s’épanouit comme dans Freezy, Chasseur blanc-Coeur noir, Million Dollar Baby, Mystic River et les exceptionnels Mémoires de nos Pères ou Lettres d’Iwo Jima. Fasciné par la vie de ce John Edgar Hoover, personnage ambigu comme il les aime, il vient nous raconter aujourd’hui cette carrière hors du commun. Ce politicien voyou a régné cinquante ans sur la police et les services secrets américains, indulgent avec la Mafia mais poursuivant d’éventuels communistes, se mêlant de la vie privée des présidents successifs, harcelant les homosexuels alors qu’il l’était sans doute lui-même, toutes ces contradictions nourrissant un destin vraiment extraordinaire dans l’histoire politique des Etats-Unis.

Malheureusement, même en 135 minutes, on ne peut maîtriser une vie tellement riche et tellement secrète. Eastwood a pris le parti, qui pouvait sembler efficace, d’opposer à l’auto louange que rédige J.Edgar en fin de carrière les images de la version authentique des épisodes évoqués. Mais l’inconvénient de ce procédé est de susciter un commentaire "off" incessant, conduisant à des flashes-back désordonnés qui ne respectent aucune chronologie, projetant le récit d’une époque à l’autre dans un va-et-vient sans autre repères que l’aspect des automobiles et l’âge supposé des trois protagonistes. Et c’est là que réside le maillon le plus faible du film : les trois comédiens principaux, Leonardo di Caprio, Armie Hammer et Naomi Watts subissent cinquante ans de vieillissement à travers différents maquillages qui semblent réalisés par une stagiaire qui passait là par hasard, l’Oscar du ridicule revenant à l’amant octogénaire de J. Edgar, transformé en masque d’Halloween criblé de pustules. Les flashes-back du scénario, en nous rappelant sans cesse la jeunesse des personnages à leurs débuts, aggravent ce malaise qui sape définitivement notre intérêt. Ayant dédaigné la perfection des trucages numériques actuels, le film succombe sous cette mascarade à l’ancienne, à moins que le facétieux Clint n’ait voulu rendre hommage au bon vieux temps de Boris Karloff. Sait-on jamais ?