Take Shelter

Film américain de Jeff Nichols

Avec Michael Shannon, Jessica Chastain, Tova Stewart, Shea Whigham, Katy Mixon, Kathy Baker





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 04-01-2012

Durée: 1h56

 

Tous aux abris !

Ce film est un intéressant exemple de l’évolution de la paranoïa américaine dans la conception du thriller hollywoodien depuis la fin de la guerre en 1945. Après le cataclysme d’Hiroshima, la hantise (justifiée) d’un conflit atomique a envahi la planète et particulièrement les Etats-Unis qui étaient pourtant, à l’époque, les seuls détenteurs de cette arme de destruction vraiment massive. La guerre froide aidant, et l’URSS s’étant dotée à son tour de l’engin nucléaire, une partie de la population américaine a entrepris de construire des abris enterrés dans leurs jardins, entre le barbecue et la balancelle des jours heureux. Dans cette protection dérisoire étaient entassés des vivres et des bidons d’eau, de quoi tenir quelques jours en cas d’attaque aérienne.

Heureusement, après quelques décennies d'angoisse, le danger russe s’est dissipé et les scénaristes se sont trouvés en panne d’ennemis. L’actuelle piste arabe n’a pas donné les résultats escomptés car les auteurs les plus doués n’ont jamais pu imaginer qu’une poignée de kamikazes armés de cutters pourraient s’emparer d’avions de ligne et s’écraser sur les tours de Manhattan, ce qui enterrait définitivement les abris de jardin dans leur inutilité originelle. Hollywood a tenté de ranimer la terreur avec la piste des extra-terrestres mais ils étaient, soit trop mignons (E.T.), soit trop méchants (Mars attaque) et, dans les deux cas, les abris restaient sans usage. Le lobby des entrepreneurs d’abris commençait à gronder lorsque la déferlante des trucages numériques survint : Hollywood se tourna alors vers les catastrophes naturelles : tremblements de terre, tsunamis, fin du monde, etc. Dans ces cas extrêmes, l’abri domestique demeurait, de toute évidence, de plus en plus inutile.

Enfin Jeff Nichols vint, avec une idée lumineuse et économique : et si l’ultime danger tombait tout simplement du ciel, comme ces bons vieux ouragans qui ravagent les Etats-Unis plusieurs fois par an ? Evidemment, construire un abri bétonné souterrain pour se protéger d’une grosse averse - au lieu d’acheter un parapluie - semble déraisonnable. Bien vu ! Donc, le héros de l’histoire sera perturbé par de graves problèmes psychologiques : il scrute le ciel en permanence, sursaute au moindre coup de tonnerre, fait des cauchemars effrayants, bref, il inquiète son entourage… Tornadophobe, notre modeste ouvrier qui travaille dans une entreprise de travaux publics emprunte du matériel et entreprend de creuser dans son jardin l’abri souterrain de ses rêves (cauchemars ?) pour protéger sa famille. Quoique sceptiques, ses amis l’aident quand même, tout en doutant de son état mental. Il faut dire qu’il a de bonnes raisons d’être fragilisé : sa mère est soignée dans un hôpital psychiatrique et il est père d’une petite fille handicapée, on peut dire que sa barque est déjà bien chargée. La tornade annoncée approche en ravageant la région : tous les regards se tournent vers l’avancement du chantier… Suspense…

Vous ne voudriez pas que je vous raconte la suite, ce serait malhonnête.