Echange standard
The change-up

Film américain de david Dobkin

Avec Ryan Reynolds, Jason Bateman, Lelie Mann, Olivia Wilde, Craig Bierko, Gregory Itzin, Alan Arkin





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 28-12-2011

Durée: 1h54

 

Echange scato

Dès le début, le ton est donné : gros plan sur le derrière d’un nourrisson qui pète et envoie un énorme jet de diarrhée sur le visage de son papa en train de le langer, la bouche ouverte. C’est d’un comique irrésistible. Ensuite, les protagonistes de cette fable auront souvent tendance à être assis sur la cuvette des toilettes plutôt que dans un fauteuil du salon. Et l’étonnant miracle qui va intervenir pour échanger les vies de Mitch et Dave se produira lorsque les deux larrons, ivres morts, sont en train de pisser de concert dans une fontaine publique. Qu’est-ce qu’on se marre…

Cependant ce scénario – qui n’est pourtant pas dû à des gastro-entérologues – laissait planer un certain espoir : deux amis d’enfance que tout sépare convoitent chacun l’existence de l’autre. Dave, brillant avocat d’affaires et père de famille, envie la liberté bohème de son copain Mitch, célibataire, comédien à éclipses et dragueur invétéré. (La réciproque semble plus difficile à admettre, mais admettons). On imagine ce que Howard Hawks ou Ernst Lubitsch aurait pu tirer de ce schéma de comédie sans devoir placer Cary Grant ou Gary Cooper dans les situations sus-décrites. David Dobkin est moins chochotte : il y va carrément et l’échange de personnalités ayant réussi (sans que les dames en soient conscientes), le plus clair des rapports entre les deux copains portera sur leur « nouveau » sexe et, entre autres, la meilleure façon de se masturber. Exit la chambre conjugale, vive la chambrée !

Parmi les caractéristiques des comédies américaines actuelles, on peut souvent regretter la disparition d’une musique composée pour le film, remplacée par des extraits de « hits » qui se succèdent sans trêve, sans aucun rapport avec l’action, et qui donnent l’impression qu’un juke-box est caché en permanence derrière l’écran (il n’y a qu’à voir défiler l’interminable liste des 40 ou 50 emprunts lors du générique final). Une autre étrange évolution ravage le jeu des acteurs qui calquent désormais leurs expressions et leurs tics d’après les personnages de B.D. et du cartoon « pour faire plus marrant ». On peut difficilement considérer comme un progrès de constater que, de nos jours, ce phénomène s’est répandu comme le standard obligé des films populaires « rentables » dans le pays qui a vu ses comédies devenir des classiques, sans oublier les génies comiques qui avaient enrichi la période muette.