Corpo celeste

Film italien de Alice Rohrwacher

Avec Yile Vianello, Salvatore Cantalupo, Anita Caprioli, Pasqualina Scincia, Renato Carpentieri


Sélection Quinzaine des Réalisateurs Cannes 2011


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 28-12-2011

Durée: 1h40

 

Trouble adolescence

Après avoir passé son enfance en Suisse, Marta revient à Reggio di Calabria, berceau de la famille, avec sa mère et sa soeur aînée. Ce n’est pas l’Italie des cartes postales et du tourisme, mais une immense banlieue bruyante, sale, sillonnée d’autoroutes urbaines. Marta traîne, solitaire, dans les décharges que constitue le lit des rivières asséchées qui entourent son immeuble. Elle a l’âge de faire sa confirmation catholique et va tenter de se faire des amies en allant au catéchisme, elle qui n’a guère reçu d’éducation religieuse. Une phrase l’intrigue particulièrement : « Eli, Eli, lama sabachthani ? » Comme elle est timide et taiseuse, elle ne progresse guère dans sa recherche de traduction et se replie dans son sentiment de solitude, ne trouvant de réconfort ni dans sa bruyante famille, ni dans les préparatifs carnavalesques de la confirmation.

Malheureusement, Don Mario, prêtre sans vocation dont dépend le quartier, est un personnage plus important dans la vie politique locale que dans la quête spirituelle : il incite ses ouailles à voter « dans le bon sens » pour un politicien dont il espère l’appui afin d’obtenir une paroisse plus importante. En attendant, son principal projet est de remplacer le grotesque crucifix au néon de son église ultra moderne par un vieux crucifix en bois, où est cloué le corps du Christ, qui se trouve abandonné dans la chapelle d’un village voisin déserté par ses habitants. Le jour où il compte s’y rendre, il croise Marta qui erre sans but sur l’autoroute. Préoccupé par sa détresse, Don Mario l’emmène avec lui à la recherche du crucifix. Dans l’église délaissée, la jeune fille va rencontrer le vieux prêtre solitaire qui lui traduit enfin la phrase mystérieuse : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » et lui dépeint le Christ comme un homme rendu furieux par son destin, et non comme un gentil blondinet aux yeux bleus. Cette révélation va peut-être aider Marta à sortir de son isolement.

Sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs 2011, ce très délicat premier film d’une réalisatrice de 27 ans évoque Un poison violent de Katell Quillévéré, projeté l’an dernier durant cette même Quinzaine, ces deux films traitant des troubles qui assaillent les adolescentes lors de la confirmation qui précède la première communion. On y apprécie les mêmes qualités dans l’analyse des doutes qui perturbent les héroïnes et la description sans indulgence des adultes qui les entourent. De plus, il est intéressant de pouvoir comparer la version italienne ou bretonne de ce rite de passage que les intéressées voient approcher avec la même méfiance justifiée. Et dans les deux cas, les films sont admirablement soutenus par les jeunes comédiennes : Yile Vianello pour Corpo Celeste et Clara Augarde pour Un poison violent.