Hugo Cabret
Hugo

Film américain de Martin Scorsese
d après le livre de Brian Selznick

Avec Ben Kingsley, Asa Butterfield, Chloe Grace Moretz, Jude Law, Sacha Baron Butterfield, Ray Winstone, Emily Mortimer, Helen McCrory, Christopher Lee, Michael Stuhlbarg, Frances de la Tour, Richard Griffiths





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 14-12-2011

Durée: 2h08

 

De 7 à 97 ans

Et voici l’indispensable complément de programme du Voyage extraordinaire de Serge Bromberg et Eric Lange : la biographie romancée de Georges Méliès dans ce film enchanteur que le magicien Scorsese, abandonnant la Mafia et ses voyous, nous offre pour finir l’année. Jamais son amour du cinéma n’a été proclamé avec autant d’émotion. Dans un Paris enneigé travesti en décor pour trains miniatures, ce récit - qui semble dû à Charles Dickens - nous conte l’histoire d’Hugo, jeune garçon orphelin passionné par la mécanique, qui entretient les horloges de la gare Montparnasse pour remplacer, clandestinement, un oncle alcoolique qui cuve dans son coin. Dans ce décor magique, un vieux monsieur tient une boutique de jouets, il s’appelle Georges Méliès. Mais la foule des passants ne connaît plus ce nom qui fut célèbre.

J’abandonne là cette amorce de résumé pour laisser le plaisir de découvrir ce film-cadeau qui est un hommage permanent au cinéma des origines : poursuites diverses, train qui fonce vers Hugo tombé sur les rails, le même accroché comme Harold Lloyd à la grande aiguille de l’horloge, brefs extraits des grands classiques, reconstitution des tournages dans les studios Méliès, etc. toutes ces séquences soulignant l’apport essentiel des pionniers français dans cet art qui se cherche. Merci, Marty, de remettre les horloges à l’heure, attitude normale de la part d’un réalisateur assez cinéphile (c’est plutôt rare) pour consacrer une grande partie de ses activités à la protection et à la résurrection du patrimoine cinématographique mondial. Mais Hugo Cabretfourmille également de détails discrets, comme cet automate dont l’expression change imperceptiblement - de la tristesse à la satisfaction – selon la situation qu’il affronte. Un dernier compliment pour ce réalisateur surdoué : l’utilisation pertinente de la 3D qui, enfin, apporte autre chose que l’éternel lancer de ballons vers le public. Scorsese a su admirablement utiliser les magnifiques décors de Dante Ferreri, entre autres l’intérieur du beffroi de la gare constitué d’un enchevêtrement de rouages et de balanciers divers, dans lesquels évolue Hugo dans l’exercice de ses fonctions d’horloger clandestin. La spatialisation optique est encore renforcée par la perfection de la sonorisation stéréo qui situe dans l’espace les différents tic tac de cette machinerie gigantesque. Admirons également, lors de la nostalgique séquence des Studios Méliès, l’effet de profondeur produit par les poissons nageant en premier plan devant la toile peinte des fonds sous-marins. La passerelle qui relie Scorsese à Méliès dans ce film-hommage apparaît là avec évidence.

Je n’oserai qu’un reproche au milieu de tant de réussites : une tendance inattendue à délayer le prologue dans une succession de scènes vraiment redondantes entre Méliès et Hugo et, surtout, le peu d’intérêt des personnages secondaires qui occupent une place démesurée dans le récit : les timides idylles entre le chef de gare et la fleuriste ou entre la dame au chien et son vieux dragueur auraient pu être allégées dans un film qui dépasse les deux heures, cet amollissement de la tension dramatique n’étant guère une des caractéristiques de la "Scorsese touch" habituelle. Hors ce reproche, on reste sous le charme des trouvailles permanentes qui émaillent le film et j’ai pu supporter pour la première fois, durant plus de deux heures, le port des lunettes obligatoire qui reste toujours l’inconvénient majeur du procédé. Malgré cet inconvénient, il est quand même indispensable de voir Hugo Cabret dans version 3D pour apprécier "en profondeur" toute la richesse de sa mise en images.