Hell and back again

Film américain de Danfung Dennis

Avec Nathan et Ashley Harris


Meilleur Documentaire SUNDANCE 2011


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 21-12-2011

Durée: 1h28

 

Fraîche et joyeuse

Ce remarquable film documentaire est dû au reporter photographe Danfung Dennis qui couvre les divers champs de bataille où l’armée américaine est confrontée aux horreurs de la guerre. Déçu par l’immobilité du document photographique, il espère que des images animées pourront mieux alerter un public trop indifférent devant les difficultés que rencontrent les G.I.’s dans l’inefficace combat qu’ils mènent, depuis des années, contre un ennemi invisible (l’idée que cet adversaire, irakien ou afghan, soit chez lui et défende son territoire ne semble pas préoccuper notre photographe, mais ceci est un autre débat).

Pour réaliser son film, Danfung Dennis a abandonné ses appareils photo traditionnels et profité des récents progrès du numérique pour s’équiper du Canon 5D Mark II, appareil doté d’une fonction caméra qui permet une projection sur grand écran d’une définition parfaite accompagnée d’un son témoin de bonne qualité. Il s’est bricolé un support afin de pouvoir filmer en gardant les mains libres lors des déplacements acrobatiques sous le feu des tireurs embusqués et, accrédité par le New York Times, il a rejoint ainsi équipé les Marines du 2e Bataillon de la Compagnie Echo qui partait en opération dans le sud de l’Afghanistan. La petite troupe, sous les ordres du sergent Nathan Harris, se trouve larguée par hélicoptères dans une région infiltrée par les Talibans.

Ce qui nous frappe immédiatement, c’est la différence entre le cinéma de guerre spectaculaire (Walsh, Kubrick, Coppola, etc.) où les corps de figurants déchiquetés explosent dans des flots de sang sous un déluge sonore, et cette vision d'une guerre réelle qui se déroule dans une jolie lumière de fin de journée dont le calme est interrompu, parfois, par d’insolites rafales lointaines. Les Marines se déplacent silencieusement, communiquant par signes, courbés en deux en rasant les murs des maisons vides ou les haies de buissons qui masquent leur progression dans une immense plaine agricole. Et ce calme apparent suscite plus d’angoisse que l’habituel déferlement hollywoodien, car la mort, la vraie, rôde. Un soldat est atteint : il gît immobile. Ses camarades s’affairent en vain… On emporte le cadavre. Et ce combat sans issue va se prolonger plusieurs mois. Un jour, le sergent Nathan Harris est grièvement blessé par une balle qui fait exploser sa hanche et son fémur. On l’évacue et il regagne les Etats-Unis pour être opéré et rééduqué.

En Caroline du Nord, le reportage bascule vers sa vie de famille : Danfung Dennis a suivi le blessé et le filme durant sa longue convalescence, soutenu par la discrète affection d’Ashley, sa jeune femme. Nathan souffre énormément et se bourre de calmants qui ont transformé l’athlétique jeune homme en zombie somnolent, cherchant ses mots, le regard vague. Les séances de kinésithérapie sont un véritable supplice et les courses au supermarché lui font mesurer l’indifférence de la population vis-à-vis de cette guerre lointaine menée par des engagés volontaires, alors que celle du Vietnam était impopulaire car elle mobilisait les "boys" du contingent. Lorsque Nathan se perd dans ses pensées en manipulant sans cesse son pistolet, Danfung Dennis réintègre dans le récit des séquences de sa vie de chef de section, lorsqu’il était encore indemne et heureux. A présent, son seul espoir est de retrouver l’usage de sa jambe rafistolée afin de pouvoir retourner au combat, avec ses camarades.

Danfung Dennis nous livre ce constat « clinique » sans prendre un quelconque parti, sinon d’intituler son film : Hell and back again

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