La vie promise

Film français de Olivier Dahan

Avec Isabelle Huppert, Pascal Greggory, Maud Forget





Par Clémentine Gallot
 
Sortie le 04-09-2002

Durée: 1h30

 

Olivier Dahan a débuté sa carrière en réalisant des clips musicaux. Quelques années plus tard, cela pèse encore dans ses films.
Après avoir adapté (fort mal) le conte de Perrault Le petit Poucet, Dahan se tourne vers un cinéma plus " sombre " (je cite). C’est La vie promise. Le réalisateur se prend désormais très au sérieux ; il nous offre, en outre, une piètre intrigue.

L’héroïne du film, Sylvia, se prostitue à Nice, et vit en mauvais termes avec sa fille, Laurence. A la suite d’un meurtre, elles sont forcées de fuir sur les routes, et partent à la recherche de Piotr, l’un des ex-maris de Sylvia. A cela, s’ajoute une improbable rencontre avec le mystérieux (et ténébreux) Joshua qui leur servira de chauffeur (et de couverture).

Pascal Greggory, avec le jeu sobre qu’on lui connaît, et la jeune Maud Forget (qui crevait l’écran dans Mauvaises Fréquentations) sont deux ectoplasmes, réduits au rôle de faire-valoir de LA star, Isabelle Huppert, gratifiée d’interminables gros plans.

Isabelle Huppert troque sa rigidité coutumière contre une allure de loubarde (déjà empruntée naguère dans Loulou de Pialat, avec talent). La voilà méconnaissable : décoloration capillaire pisseuse, décolletés plongeants et vêtements racoleurs (à l’image du film, sans doute). Cela ne lui va guère. Son but est-il de montrer au spectateur qu’elle sait jouer les putains et jurer comme un charretier ? La sauce ne prend pas : on connaît trop ses mimiques, et ses jets lacrymaux ne provoquent qu’un agacement poli. Cette ridicule pantomime nous laisse de glace.

Dahan déploie tout un attirail d’appâts, rassemblés pour allécher le public : un road-movie sur fond de drame familial, social, d’amour, d’argent, de sexe. Et, qui plus est, usant et abusant, comme le veut la mode, de toutes sortes d’effets plombants : voix off ridicule, imagerie kitsch en surimpression, motifs floraux douteux. Sans compter les violons qu’on nous assène toutes les quinze secondes : tout cela est bien grossier. Une certaine fascination pour le cinéma américain sous-tend le film, sans succès, produisant tout juste une atmosphère cheap de motel crasseux, situations convenues et paysages étudiés pour ressembler à des cartes postales. C’en est désolant !

Le film d’Olivier Dahan ressemble étrangement au peu convainquant Fleurs de sang, sorti il y a quelques mois, ainsi qu’aux mauvaises séries de style M6.

Dans une note d’intention vibrante, Isabelle Huppert dit ressentir toute la poésie du film (on ne doit pas parler du même), et voir son personnage comme une sorte de " lonesome cow-girl ". Malheureusement, on ne voit qu’une lonesome call-girl.