Le Voyage extraordinaire

Film français de Serge Bromberg

Avec Documentaire





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 14-12-2011

Durée: 1h05

 

AIR coupable

Dans ce passionnant documentaire, Serge Bromberg – authentique archéologue et collectionneur du cinéma des origines - nous explique comment il a réussi à reconstituer Le Voyage dans la Lune de Georges Méliès avec l’aide technique et artistique d’Eric Lange. On ne connaissait de ce film illustre, réalisé en 1902, que des copies mutilées et incomplètes, en noir et blanc.

Lorsqu’on en découvrit, dans les années 80, une copie couleur à la Cinémathèque de Barcelone, l’espoir revint de voir enfin ce film mythique dans son intégralité, et colorié de surcroît. Hélas, la précieuse bobine semblait irrécupérable tant elle s’était auto collée durant des décennies, ne formant plus qu’un bloc massif. Une collaboration internationale - où se coalisèrent les techniques les plus performantes - s’établit pour tenter de récupérer ce chef d’oeuvre moribond grâce à des travaux de restauration mêlant l’astuce artisanale et l’informatique de pointe. Une à une, chaque image fut récupérée et retraitée ; lorsqu’elles manquaient, on comblait la lacune en cherchant son équivalent dans des copies noir et blanc que l’on colorisait à l’identique grâce à l’ordinateur. Ce minutieux travail de moine dura plus de dix ans et le documentaire que nous propose ces deux acharnés nous montre côte-à-côte, sur deux écrans simultanés, la copie de travail hachurée, rayée et sautillante qui a servi de modèle à une copie finale, impeccable, complète et stabilisée. Les auteurs de ce miracle avaient pour ambition de restituer la poésie naïve de Georges Méliès : mission accomplie, comme le montre la projection du Voyage dans la Lune restauré qui complète, évidemment, ce documentaire et qui constitue, plus d’un siècle après le tournage, le kitschissime point de départ du premier spectacle cinématographique.

Hélas, comment a-t-on pu écraser ces images fragiles sous une bande sonore totalement anachronique, censée donner de la « modernité » à ce récit qui n’en demandait pas tant, et massacrant la poésie originelle si patiemment reconstituée par les auteurs de ce sauvetage ? C’est d’autant plus surprenant que Serge Bromberg possède des talents de pianiste improvisateur parfaitement adaptés à la sonorisation discrète et pleine d’humour de ces films d’époque, comme le savent bien les habitués de Retour de flamme. A-t-il pêché par excès de modestie ? Ce n’est guère le cas des musiciens de Air qui déclarent froidement que, « pour une fois, le réalisateur étant décédé, il n’y avait personne au-dessus de nous pour nous dire quoi faire ! » On peut le regretter car, à défaut d’un accompagnement au piano, le léger bruit de la croix de Malte du projecteur aurait amplement suffi à accompagner cette résurrection magique.

Donc, ***** pour l’image ressuscitée, mais 0 pour ce son calamiteux.