Shame

Film anglais de Steve MacQueen

Avec Michael Fassbender, Carey Mulligan, James Badge Dale, Nicole Beharie, Elizabeth Masucci, Lucy Walters, Robert Montano, Amy Hargreaves, Anna Rose Hopkins, Chazz Menendes, Calamity Chang, Deedee Luxe


Prix Interprétation Masculine, Prix de la Critique Internationale Venise 2011 ue


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 07-12-2011

Durée: 1h39

 

Perplexité

A propos du magnifique Hunger, premier long métrage de Steve McQueen, je concluais ma chronique par « … devant une telle maîtrise, ce talent évident ne laisse aucune place à la perplexité », faisant ainsi allusion aux autres activités artistiques du réalisateur dans des recherches d’avant-garde. Trois ans plus tard, Shame me replonge dans d’autres interrogations. Non que le propos du film soit obscur – il est limpide - mais pour les raisons d’un tel choix.

Brandon est obsédé sexuel. Beau garçon, il mène une vie normale hors de chez lui, compte des amis dans son milieu professionnel, mais « il ne pense qu’à ça ». La machine à séduire fonctionne à fond jour et nuit et il rabat à son domicile tout ce qui bouge, de sexe féminin exclusivement. Lorsque la pêche a été mauvaise, il a recours à la masturbation frénétique. Brandon a une soeur, plutôt perdue dans la vie, qui débarque chez lui à l’improviste car elle n’a plus de logement. Elle est vaguement chanteuse et s’incruste un peu trop, ce qui dérange profondément les habitudes du frère, évidemment. Il est surtout anéanti en apprenant qu’elle couche avec son patron, ce qui a pour effet de lui couper tous ses moyens : la belle époque de la drague "hard" semble terminée.

Voilà l’étrange scénario qui a séduit le talentueux Steve McQueen et c’est ce point qui m’intrigue. Est-ce pour condamner le sexuellement correct actuel qui passe par les rengaines sur la parité, l’égalité homme/femme, l’anti machisme, etc. ? On est surpris de voir dépeindre avec une minutie de zoologiste un Brandon aussi bestial sans porter le moindre jugement sur son comportement. Et surtout, il fallait trouver un sacré acteur pour endosser un tel rôle, en laissant une petite chance à une fragile empathie. Le talent de Michael Fassbender remplit parfaitement ce contrat difficile, récompensé par deux Prix à la Mostra de Venise, sans toutefois emporter notre adhésion à son addiction.