Americano

Film français de Mathieu Demy

Avec Mathieu Demy, Salma Hayek, Geraldine Chaplin, Chiara Mastroianni, Carlos Bardem, Jean-Pierre Mocky





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 30-11-2011

Durée: 1h45

 

Autobiopic

Sous l’inévitable pression d’être un « double fils de », Mathieu Demy réalise enfin son premier film : il était temps, la quarantaine approche et, de nos jours, le vivier des nouveaux cinéastes se situerait plutôt dans l’adolescence. Mais Mathieu Demy assume avec raison sa filiation, rendant un hommage discret au père en nommant "Lola" son héroïne et en puisant dans le fond maternel sa propre image d’enfant-acteur dans Documenteur, moyen métrage d’Agnès Varda tourné en Californie en 1981. Tous ces éléments, intégrés délicatement dans un scénario plutôt original, procurent le charme d’une authentique nostalgie. Et n’oublions pas le plus important : Mathieu Demy est surtout l’interprète de Martin, rôle principal du film entouré par d’excellents comédiens.

Mais on ne peut pas dire que la troïka acteur/auteur/réalisateur ait favorisé le personnage qui soutient le récit : indécis, velléitaire, oublieux, ingrat, timide mais collant, voleur inconscient et mauvais fils, le portrait de cet anti héros fait de Martin le modèle de ce qu’on espère ne pas être (tout en l’étant peut-être). Bizarrement, cela peut augmenter notre intérêt pour un homme si éloigné de l’archétype cinématographique traditionnel du vainqueur positif et exaspérant. Cet étrange "born-looser" confère une réelle originalité à cet Americano insolite. Malheureusement, la légèreté elliptique et le charme pervers de la réalisation, qui caractérisaient les séquences parisiennes et californiennes de la première partie, se dissipent en franchissant la frontière mexicaine où l’histoire va s’engluer dans un exotisme de pacotille – peut-être souhaité comme une sorte de second degré – mais qui plombe interminablement l’acheminement vers la conclusion de cette enquête. Quitte à me répéter d’une chronique à l’autre, il aurait fallu chercher davantage, jusqu’à l’extrême fin de la postproduction, les possibilités d’allègements nécessaires au maintien du rythme, du charme et de l’intérêt des premiers chapitres de ce récit qui demeure, néanmoins, un premier essai prometteur.