Jeanne captive

Film français de Philippe Ramos

Avec Clémence Poésy, Mathieu Amalric, Thierry Frémont, Liam Cunningham, Louis Do de Lencquesaing, Jean-François Stevenin


Sélection Quinzaine des Réalisateurs Cannes 2011


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 16-11-2011

Durée: 1h30

 

Un regard neuf

La lecture du générique est impressionnante car, à l’exception de comédien, Philippe Ramos occupe presque tous les postes essentiels d’un film : prise de vues, montage, scénariste et réalisateur, preuve d’une fringale de cinéma tous azimuts qui mérite d’autant plus l’estime que le résultat est remarquable.

Ce cinéaste autodidacte, formé à l’école du super-8 et du court-métrage, s’était déjà fait remarquer en 2007 par son Capitaine Achab, primé au Festival de Locarno, très personnelle adaptation de Moby Dick puisqu’il racontait essentiellement l’enfance imaginaire du futur chasseur de baleines que Melville n’avait pas écrite ! On retrouve cette forme de hardiesse dans sa Jeanne Captive qui, faisant l’impasse sur Domrémy, Charles VII, les batailles, le procès et le bûcher – déjà abondamment traités depuis Georges Méliès – nous dépeint la solitude d’une malheureuse jeune fille prisonnière d’un seigneur normand qui compte la livrer aux Anglais contre rançon. Jeanne échoue dans une tentative de suicide et se blesse grièvement. Dépité, le seigneur est bien obligé de la faire soigner afin de pouvoir la vendre. Le film décrit la longue attente de cette pauvre fille abandonnée par « ses voix » et le roi de France et qui s’enfonce dans un mutisme presque total. Malgré l’austérité du traitement, Philippe Ramos ne nous condamne pas à un huis clos étouffant car il reste un amoureux de l’image et sa caméra va prendre l’air à bon escient. Bien entendu, pareil projet repose essentiellement sur le personnage de Jeanne d’Arc : la délicate Clémence Poésy incarne idéalement une « pucelle » bien plus crédible qu’Ingrid Bergman ou Milla Jovovich.