Bonsaï

Film chilien de Cristian Jiménez

Avec Dieego Noguera, Natalia Galgani, Gabriela Arancibia, Hugo Medina, Trinidad Gonzàlez


Sélection UN CERTAIN REGARD Cannes 2011


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 09-11-2011

Durée: 1h35

 

Le Temps retrouvé ?

Lorsqu’ils étaient étudiants, Julio et Emilia se sont follement aimés durant l’année où Proust était au programme (et Pinochet au pouvoir), mais avaient-ils réellement lu La recherche…? Huit ans plus tard, Pinochet est toujours au pouvoir et Julio ambitionne d’être écrivain. Il a désormais pour compagne occasionnelle sa voisine, Blanca, mais s’aiment-ils vraiment ?

Julio a rencontré un vieil auteur qui lui propose de mettre au propre, moyennent finance, le manuscrit de son dernier livre plein de renvois, de ratures et maculé de tâches diverses. Après un essai peu réussi, l’écrivain ne donne pas suite à sa proposition, mais Julio cache cet échec à Blanca et feint de commencer la correction du manuscrit alors qu’il tente d'écrire le roman de sa passion de jeunesse pour Emilia. Blanca suit la progression de son travail qu’elle attribue au vieil auteur…

Sociologue de formation, Cristián Jiménez ne cache pas son goût pour la littérature et les mises en abyme qu’elle permet sans trop égarer le lecteur. Ce n’est pas aussi aisé au cinéma car, après un début teinté d’un humour léger, le ton du film s’alourdit lorsque d’incessants flashes-back, évoquant le bonheur passé du temps d’Emilia, se répandent dans le récit du temps présent, avec surimpression des dates afin d’éclairer le spectateur. Malgré ces précautions, on ne sait plus si ce que montre le film est la réalité ou sa transposition littéraire, ambiguïté intéressante et souhaitée par le réalisateur, mais qui entretient une certaine confusion dans le récit. Finalement, ce qui ressort de cette histoire, c’est surtout la tristesse de tous ces personnages. Né en 1975, Cristián Jiménez a vécu sa jeunesse dans une solitude qui a marqué cette génération élevée sous la dictature du général Pinochet, « sans aucun projet politique, sans aucun repère, presque orphelins ». Devant ce vide, il ne restait aux jeunes gens que le refuge dans la littérature et, plus de vingt ans après la chute du général, ce film témoigne du désenchantement qui semble toujours habiter l’esprit du peuple chilien.