Habemus Papam

Film italien de Nanni Moretti

Avec Michel Piccoli, Nanni Moretti





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 07-09-2011

Durée: 1h42

 

Amour déçu

Quelle alléchante situation de départ : après plusieurs votes nuls, le Conclave ne parvient pas à élire le nouveau Pape ! Malaise général… De guerre lasse, les cardinaux finissent par choisir un vieux prélat modeste qui panique à l’idée d’endosser cette fonction non désirée et ne veut même pas apparaître sur le balcon pour saluer la foule immense qui patiente jour et nuit sur la Place Saint-Pierre : l’élu involontaire souhaite démissionner illico ! La panique gagne le Vatican qui décide de convoquer en urgence un psychanalyste pour tenter de dénouer cette situation inédite. Pareille mise en place nous laisse espérer une confrontation jubilatoire (Moretti vs. Piccoli) entre ces deux personnages que tout oppose et la première rencontre entre le psy et Sa Sainteté ne dément pas cet espoir. A ce stade de la projection, on se dit que s’il existait un Prix du Scénario vraiment original, il reviendrait sans discussion à Habemus Papam.

Malheureusement, la confrontation espérée fait long feu car le Pape, en civil, parvient à s’échapper dans Rome - passant inaperçu puisque personne ne le connaît - tandis que le psy reste retenu prisonnier par le Conclave tant que cette situation ne sera pas maîtrisée. Dès lors, comment soutenir l’intérêt quand le scénario sépare définitivement les deux protagonistes ? Mission impossible : à partir de cet instant, le récit s’enlise dans deux directions, écartelé entre les mornes déambulations du fugitif pontife attiré par les répétitions d’une troupe de comédiens qui répète Tchékhov (dans sa jeunesse, le prélat envisageait d’être acteur) et les interminables parties de volley-ball entre les cardinaux organisées par le psy qui se morfond derrière les murs du Vatican. Après une ouverture aussi brillante, c’est décevant. Nous sommes donc frustrés et loin du savoureux tête à tête attendu.

Malgré quelques jolies trouvailles, de ci de là, cette seconde partie s’étire, longue, laborieuse, répétitive, ne laissant guère de place à la verve imprévisible qui caractérise habituellement le talent si particulier de Nanni Moretti, tendance qui apparaissait déjà dans Le Caïman (2006). Peut-on en déduire qu’il semble moins à l’aise dans le développement d’une fiction pure que dans le charme ironique des autobiographies détournées qui lui ont valu ses plus grandes réussites ? Son prochain film apportera peut-être la réponse.