Trois fois vingt ans
The late Bloomers

Film français de Julie Gavras

Avec Isabella Rossellini, William Hurt, Doreen Mantle, Kate Ashfield, Aidan McArdle, Arta Dobroski, Luke Treadaway, Leslie Phillips, Hugo Speer, Joanna Lumley





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 13-07-2011

Durée: 1h28

 

Mignonne, allons voir...

Après le subversif "La Faute à Fidel !" (2006) qui contait les déboires d’une petite fille dont les parents viraient à gauche de façon caricaturale - avec les conséquences tragi-comiques qui s’ensuivaient pour elle – Julie Gavras nous offre un second long-métrage sur le vieillissement et l’approche de la mort dont elle parvient à tirer une comédie, ce qui constitue à l’évidence une sorte de gageure. Ce tour de force doit beaucoup à ses excellents interprètes, en tête desquels caracolent Isabella Rossellini et William Hurt, et à l’humour que la réalisatrice a su distiller, avec son co-scénariste Olivier Dazat et la joyeuse fanfare des musiciens de Sode Marciszewei, dans cette histoire dont on imagine aisément quel film dramatique aurait pu tirer Ingmar Bergman. Ce couple frappé par la soixantaine va réagir différemment devant cet anniversaire inéluctable. Lui, architecte renommé, espère maintenir son activité jusqu’au tombeau en s’entourant de jeunes disciples ; elle, malgré un bilan de santé positif et quelques tentatives d’aquagym, va au devant de la sénilité en équipant l’appartement de poignées para-chutes et d’une baignoire facile à enjamber. Julie Gavras – qui n’a que deux fois vingt ans – dépeint avec beaucoup de justesse le malaise qui l’envahira peut-être lorsqu’arrivera l’âge d’avoir une Carte Senior, des entrées à tarif réduit où une place offerte dans l’autobus par un voyageur compatissant. Je m’étonne de constater que ce film, original dans son propos et maîtrisé dans sa forme, reçoive un accueil aussi tiède de la part de critiques blasés si prompts à s’enthousiasmer pour les films balbutiants aux acteurs incertains qui occupent si souvent les écrans.