La Mujer sin Piano

Film espagnol de Javier Rebollo
Carmen Machi, Jan Budar, Pep Ricart, Cruz Lopez Corton


Meilleur Réalisateur à Concha de Plata, Meilleur Film à CINESPANA 2010


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 13-07-2011

Durée: 1h35

 

Insomnia

      La cinquantaine guette Rosa. Mariée à un chauffeur de taxi peu causant et trop absent, elle est épileuse, profession qui lui permet une petite ouverture sur le monde grâce à ses clientes. Sinon, les taches domestiques qu’elle accomplit sous un déluge radiophonique puissant remplissent ses journées. Pourquoi un tel volume sonore ? Parce que Rosa souffre d’acouphène, un sifflement aigu et permanent dans les oreilles que le corps médical, impuissant, lui a recommandé de masquer en écoutant la radio très fort.
  
      Le moral de notre épileuse est fragile car se rajoutent à son infirmité les petits tracas d’une existence médiocre jusqu’au jour où la Poste lui refuse un colis car sa carte d’identité est périmée. Trop c’est trop : ne trouvant aucun réconfort auprès d’un mari qui a perdu tout désir, sinon celui de dormir, elle fait sa petite valise, met une perruque frisée noire et s’échappe dans la nuit vers la gare routière dans la vague idée de rejoindre son fils qui habite en Province. Hélas, il n’y a plus de bus à cette heure tardive, la gare ferme et la voilà coincée jusqu’à l’aube. Elle fait la connaissance d’un Polonais mystérieux et attachant qui va lui tenir compagnie en attendant la réouverture. Hélas, l’idylle en restera là et Rosa rentrera chez elle à temps pour préparer le café de son chauffeur de taxi.

     Depuis les origines du cinéma, la nuit « fantastique » reste un thème qui a toujours séduit les cinéastes et La Mujer sin Piano vaut bien d’autres films nocturnes qui l’ont précédé. Mais que devient l’acouphène dans cette histoire ? Pas grand-chose. Après avoir établi son existence brièvement dans les premières séquences, Javier Rebollo a vite compris qu’il ne pourrait pas infliger une fréquence permanente dans les oreilles des spectateurs durant toute la projection. Même les tentatives de mixage saturé dans les scènes du début où la radio hurle deviennent vite exaspérantes. Conscient de ces difficultés acoustiques, le réalisateur a rapidement pris le parti d’une nuit très silencieuse où seuls résonnent les petits pas de Rosa sur les différents pavés de la ville, rendant hommage aux talents (talons ?) de soliste du bruiteur, Julien Naudin, qui trottine vaillamment durant toute la nuit. Il faut s’y résoudre : le film sur l’acouphène reste à faire.