Into Eternity

Film danois de Michael Madsen

Avec Film documentaire





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 18-05-2011

Durée: 1h15

 

HELP !

     La rédaction de cette chronique intervient alors qu’il est toujours impossible de savoir comment maîtriser la catastrophe nucléaire de Fukushima et même, si on parviendra à la maîtriser. Que faire du stockage des déchets radioactifs ? Le documentariste danois Michel Madsen arrive au bon moment pour poser les bonnes questions - celles que tout le monde se pose - sans qu’on puisse dire qu’il obtienne de bonnes réponses de la part des responsables de ce fantastique projet : Onkalo.
 
     Into Eternity, traité avec raffinement comme un film de science-fiction, évoque souvent l’univers de Stanley Kubrick, avec ses images glacées et ses immenses perspectives souterraines où évoluent silencieusement des ouvriers en tenue de cosmonautes. Le documentaire de Michael Madsen nous fait donc découvrir l’immense chantier souterrain de Onkalo, en Finlande, à 3OO kilomètres d’Helsinki : Onkalo signifie "cachette" en finnois. Là, sur un territoire désertique, les hommes creusent des galeries à 500 mètres sous terre, dans une roche granitique imperméable, supposée résister aux secousses sismiques. Des rampes d’accès en spirale permettront d’aller déposer les déchets radioactifs dans un dédale de tunnels étalés sur plusieurs hectares. Les travaux, commencés en 1970, devraient être terminés en 2100, acheminement des déchets compris. La cachette sera alors remblayée, fermée et sécurisée. Il est évident qu’aucune personne travaillant actuellement sur ce chantier n’en verra l’aboutissement, moins heureux que les ouvriers égyptiens de la Pyramide de Kheops – 30 ans de travaux il y a 4500 ans – qui ont eu au moins le privilège d’assister à son inauguration, fourbus mais joyeux ! Nullement découragés par ces délais, les voisins suédois vont entreprendre également la construction de leur immense poubelle…

      Là où le projet devient totalement surréaliste, c’est lorsque les ingénieurs et les savants nous informent doctement qu’ils garantissent l’étanchéité de leur ouvrage durant les 100 000 ans nécessaires à l’extinction de la radioactivité stockée, autrement dit la même durée qui nous sépare du premier Homo Sapiens avec lequel nous pouvons constater quelques difficultés de communication, ainsi qu’avec les artistes de la grotte Chauvet (- 30 000) ou même ceux de Lascaux (- 15 000 seulement). Quels documents allons-nous donc laisser à nos très lointains descendants afin qu’ils puissent retrouver les clefs pour rouvrir la cachette et déchiffrer le mode d’emploi ? Sera-t-il rédigé en finnois ? (Je penche pour l’anglais car, dès maintenant, nous constatons que les intervenants scandinaves du film ne s’expriment que dans cette langue). Mais trêve de plaisanteries : les interventions pertinentes du réalisateur – qui durent le temps qu’une allumette se consume – finissent par ébranler les certitudes de certains promoteurs du projet, ce qui n’est guère plus rassurant...

     Mais, après tout, pourquoi s’angoisser pour des héritiers aussi hypothétiques puisque l’humanité aura certainement disparu depuis longtemps si l’évolution de notre espèce continue de la sorte.