La nostra Vita

Film italien de Daniele Luchetti

Avec Elio Germano, Raoul Bova, Isabella Ragonese, Luca Zingaretti, Stefania Montorsi, Giorgio Colangeli, Marius Ignat, Alina Madalina Berzunteanu


Prix d interprétation masculine Cannes 2010


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 06-04-2011

Durée: 1h35

 

Comédie tragique

      Après avoir frôlé l’an dernier la Palme d’Or, le Grand Prix et le Prix du Jury à Cannes, La nostra Vita a finalement rapporté un demi-Prix d’Interprétation à Elio Germano, l’autre moitié revenant à Javier Bardem pour son rôle d’agonisant dans Biutiful. Les deux films abordent le problème de la main d’œuvre étrangère clandestine, mais autant celui de Iñárritu se noie complaisamment dans le sordide morbide, autant celui de Lucchetti laisse filtrer des pans de lumière romaine qui éclairent les drames successifs qu’affronte Claudio, ouvrier dans le bâtiment.

      Inspiré par le cinéma de Nanni Moretti, Daniele Lucchetti défend lui aussi une ligne personnelle, donc originale, que nous avions découverte avec Domani, domani (1988) et surtout Le Porteur de Valises (1991). C’est avec Mon frère est fils unique, sélectionné à Cannes en 2007, que son talent s’est confirmé en s’écartant du standard des schémas conventionnels. Il travaille régulièrement avec les mêmes scénaristes, Sandro Petraglia et Stefano Rulli, avec lesquels il traite essentiellement de sujets politiques concernant la vie italienne d‘aujourd’hui, La nostra Vita en étant le dernier exemple.
     
      On craint d’abord que cette histoire ne se disperse un peu trop dans toutes les directions (l’amour, la mort, le bonheur, les deuils, la dèche, les drames, les joies de la famille, le chômage, etc.) mais ce fourre-tout apparent est traité « à l’italienne », avec un charme et une alternance réussie de larmes et de rires qui balayent notre inquiétude. Par contre, on peut regretter la trop abondante musique de synthé qui envahit l’écran  en écrasant souvent l’émotion au lieu de la développer. Demeure également la question du temps qui s’écoule durant ce récit - à peu près deux années ? – car il laisse planer un certain malaise sur l’apparente indifférence du personnage de Claudio devant le drame dont il a peut-être été responsable. Mais ces réserves ne doivent surtout pas détourner le spectateur d’aller voir ce film si riche de contradictions, d’émotion et de vitalité.