L Agence
The Adjustment Bureau

Film américain de George Nolfi
d après ADJUSTMENT TEAM de Philip K.Dick

Avec Matt Damon, Emily Blunt, Anthony Mackie, John Slattery, Michael Kelly, Terence Stamp





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 23-03-2011

Durée: 1h47

 

Men in Blague

     Gorge Nolfi est à l’origine du scénario de quelques block-busters historiques comme Ocean’s twelve, The Sentinel ou La Vengeance dans la Peau, films caractérisés par un casting de stars et un goût évident pour le thriller. Il en était généralement le producteur associé. Il ne lui restait qu’une étape à franchir : la réalisation. C’est  chose faite. On reste médusé quand on voit à quoi peut ressembler « le premier long » d’un Hollywoodien comparé à ce que proposent les nouveaux cinéastes dans nos régions. Une telle maîtrise du récit, un goût aussi illimité pour les scènes spectaculaires et les incessants rebondissements écrasent, à première vue, les timides émois de l'adolescence ou la désespérance contagieuse que raconte le cinéma de nos débutants. Pour George Nolfi, un film signifie : entertainment !

      Sommes-nous manipulés ou bien pouvons-nous contrôler notre destin ? C’est la question qui taraude, en permanence, le dynamique et populaire Matt Damon qui brigue un siège de sénateur que son impulsivité incontrôlable va lui faire perdre. Mais à partir du soir où il rencontre par hasard la femme de sa vie, la ballerine Emily Blunt, des hommes mystérieux vont s’ingénier à séparer ce couple qui ne demande qu’à s’unir : c’est l’équipe discrète et efficace de l’Agence du Destin en action, celle qui décide de notre sort à notre insu. Dotée de pouvoirs surnaturels, elle contrôle tous nos désirs et les oriente selon sa convenance, sous l’impulsion de l’intraitable Terence Stamp. Mais Matt Damon possède un atout : la capacité d’entrevoir l’avenir proche ce qui lui donne, parfois, un coup d’avance. Hélas, l’invincible Agence parvient régulièrement à reprendre l’avantage en séparant ce couple que le hasard (toujours lui !) s’ingénie à reformer.

     Ce scénario philosophico-BD n’est pas sans évoquer Men in black de Barry Sonnenfeld (1997), y compris dans l’emploi d’un certain humour froid. Bien entendu, plein de questions restent sans réponses : Pourquoi diable l’Agence s’acharne-t-elle sur ce couple ? Pourquoi est-elle toujours mise en échec par le Hasard ? Pourquoi Matt Damon parvient-il à lui résister aussi facilement ? Certes, on sait bien que dans ce moderne conte de fée, la logique n’a que faire, d’autant qu’une réalisation inventive utilise les effets spéciaux à bon escient pour nous entraîner dans un New York onirique où chaque porte qu’on ouvre nous projette dans un décor urbain inattendu. Si bien que, commencée dans un climat dramatique, cette longue poursuite se termine dans une totale fantaisie puisque, pour pénétrer enfin dans l’univers redoutable de l’Agence, il suffisait de porter un château de paille ridicule sur le crâne tandis que la femme de votre vie n'avait qu'à placer simplement sa main sur votre épaule. Tout cela n’est pas très sérieux, n'est-ce pas ? Se pose alors la question de savoir si la nouvelle dont s’est inspiré George Nolfi, Adjustment Team, tirait autant l'histoire vers la fantaisie quand on sait que l’auteur en était Philip K. Dick qui est à l’origine de Blade Runner, Minority Report et Total Recall qu’on peut difficilement ranger dans la catégorie des comédies humoristiques.