Fausto 5.0

Film espagnol de Alex Ollé
Sidro Ortiz et Carlos Padrissa

Avec Miguel Angel Sola, Eduard Fernandez, Najwa Nimri


Grand prix au Festival de Gerardmer "Fantastic'Arts" 2002
Festival du film fantastique de Bruxelles: Corbeau d'argent
Goya 2002 du meilleur acteur: Eduard Fernandez.



Par Clélia Zernik
 
Sortie le 28-08-2002

 

Responsable de services de soins palliatifs, le Docteur Fausto passe sa vie au milieu de patients en phase terminale. Immergé dans un quotidien morbide, il perd toute humanité, tous rêves et tous désirs. Mais il rencontre un jour Santos Vella, qui prétend être  un ancien patient que le docteur aurait déclaré jadis condamné.

Mort en sursis, Vella se porte en fait très bien. Il devient envahissant, faussement affable, et perturbe l'organisation rigide de la vie de Fausto. Sous l'emprise de ce personnage tout en pieds de nez et en ricanements, le grand médecin retrouve son appétit sexuel et plonge dans l'univers sans ordre de ses fantasmes. Et le cauchemar commence.

Une orgie qui se veut de plus en plus "trash" (mais en fait pas si trash que ça), servie par un montage en sur-tension (un peu semblable à celui de "Requiem for a dream", l'efficacité en moins), alterne avec des scènes de conférences sur les maladies en phase terminale: le tout n'étant que morbide et glauque. N'y aurait-il plus de place pour la bonté et la beauté ? Le personnage de la secrétaire discrète et timide est là pour jouer le rôle du Bien, de la lumière et de l'amour.

Cette trame archi-conventionnelle prétend mettre en avant l'universalité de l'histoire de Faust. Ce serait Faust au pays de la science-fiction. Ce film participe à la tendance actuelle de certains de nos théâtres et opéras qui croient que pour adapter un classique de nos jours, il faut nécessairement lui donner la couleur du temps, l'enrober de sexe, de violence et d'ambiance de fin du monde, pour mieux faire comprendre au public d'aujourd'hui les chefs d'oeuvre d'autrefois. Comme si tout devait être d'abord formaté par les clichés d'une époque. En fait, le résultat fait qu'on abaisse l'oeuvre à tous les avatars de la bouillie ambiante. Ici c'est la cas: Santos Vella, on l'a reconnu, c'est Méphisto, celui qui nous rendra heureux si on lui vend son âme. Fausto, lui, est l'être tiraillé entre le viscéral et l'intellectuel, entre un sérieux à toute épreuve et une libido mal assumée. Dès lors, le dilemme posé par Goethe est résolu par un formidable raccourci: il suffit à Faust de faire l'amour dans une salle d'opération pour qu'il réconcilie ses deux "moi". Il ne reste de Goethe que la grossière illustration de la tension entre la raison et le corps, entre le monde intellectualisé de la profession et les désirs enfouis et charnels, comme si toute part de bien avait aussi son côté obscur et qu'il n'y avait d'homme en son entière humanité qu'à la condition d'assumer sa partie animale.
En fait, la référence à Goethe ne sert à rien, elle n'est qu'un pur alibi pour peindre un monde de fantasmes. D'ailleurs, l'ambitieuse prétention de ce film est peut-être moins métaphysique qu'esthétique.

Ici, il s'agit d'une esthétique tranchante, nouvellement à la mode, qui met en avant la collision entre un univers médical, déshumanisé, glacial et stérilisé et une sexualité sans sentimentalité. Il y a, dans la sexualité pure, quelque chose de proche de la mort. C'est ce qui est à illustrer. Ce film tente de faire passer la  lourdeur de réflexions psychanalytico-métaphysiques d'un "Docteur Jekyll et Mr Hyde" moderne, au moyen d'une esthétique fantastique, qui, personnellement, ne m'a pas touchée.