La petite chambre

Film suisse de Stéphanie Chuat

Avec Michel Bouquet, Florence Loiret Caille, Eric Caravaca, Joel Delsaut, Valérie Bodson





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 16-02-2011

Durée: 1h27

 

Choisir sa mort

     Deux comédiennes suisses, Stéphanie Chuat et Véronique Raymond, ont réuni leur talent pour écrire et réaliser ce remarquable premier long-métrage sur la difficile approche de la fin de l’existence chez tout être humain. Comme à chaque fois que se présente le cas d’un couple de réalisateurs, la question du partage de l’acte créateur rôde mais il y a, aujourd'hui, suffisamment d’exemples de films bicéphales réussis pour que cette énigme cesse de nous préoccuper. 

    La petite chambre est celle qu’aurait dû occuper le bébé de Rose, aide-soignante à domicile. Hélas, l’enfant est mort-né et la pièce  reste vide, épreuve que Rose et son mari n’ont toujours pas surmontée. Parmi les patients visités par l’aide-soignante, figure Edmond, le plus coriace : ce vieil homme indépendant et solitaire refuse de quitter son appartement pour entrer en maison de retraite, refusant le projet de son fils qui doit partir aux Etats-Unis et souhaiterait le voir entouré et  sécurisé durant son absence. Le film raconte avec pudeur et délicatesse la relation difficile ou tendre qu’entretiennent ces personnages confrontés à la mort, qu’elle soit prématurée ou tardive. Malgré le caractère difficile de son patient, Rose finira par s’attacher à Edmond qui prend presque la place du bébé absent. Comme on le sait, les personnes âgées redeviennent des enfants pour leurs enfants : Rose va devoir affronter les mêmes difficultés que poserait un nourrisson pour alimenter,  laver ou éviter les chutes à son fragile vieillard.

     Florence Loiret Caille et Eric Caravaca incarnent avec sensibilité ce couple qui tente de surmonter les tourments que leur inflige la cruelle perte de leur enfant. Quant à Michel Bouquet, égal à lui-même, il est Edmond dans un rôle presque muet où son seul regard parvient à tout exprimer. Les réalisatrices ont traité avec moins de sensibilité les personnages secondaires qui apparaissent souvent comme esquissés et même caricaturaux. Elles ont surtout manqué de fluidité et de clarté dans le traitement de la dernière séquence de la vie d’Edmond, qui devrait être la conclusion évidente du récit. Pourquoi avoir rajouté un épilogue optimiste, superflu parce que trop attendu ? Certains films gagneraient en force en finissant mal.