Le Choix de Luna
Na Putu

Film bosniaque de Jasmila Zbanic

Avec Zrinka Cvitesic, Leon Lucev, Ermin Bravo, Mirjana Karanovic


Sélection Festival de Berlin


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 09-02-2011

Durée: 1h40

 

Temps difficiles

      Sarajevo, mon amour, premier long-métrage de Jasmila Zbanic, a remporté l’Ours d’Or à Berlin en 2008. Pour un début, c’était plutôt prometteur. Cette réalisatrice bosniaque - qui parle de ce qu’elle a vécu – nous dépeint dans son nouveau film, Le choix de Luna, l’état des lieux dans la Bosnie d’aujourd’hui, toujours meurtrie par la récente guerre civile qui a ensanglanté les états de l’ex-Yougoslavie et constituait déjà le thème de Sarajevo, mon amour.

      Luna,  hôtesse de l’air, aime Amar qui est contrôleur aérien. Nous sommes à Sarajevo, ville moderne et européenne, avec sa vie nocturne, ses embouteillages et ses habitants paisibles qui semblent réconciliés. Mais ce couple heureux a du mal à concevoir l’enfant qu’il désire et va consulter régulièrement le service gynécologique de l’hôpital. Un autre souci s’abat sur Luna quand elle apprend qu’Amar vient d’être licencié de l’aéroport pour sa tendance à l’alcoolisme. Ces épreuves fragilisent leur relation. Complètement désemparé, Amar accepte l’offre de travail d’un ancien camarade de combat - converti désormais au wahhabisme - et va le rejoindre dans une communauté religieuse radicale qui s’est installée loin de la capitale, au bord d’un lac. Sans nouvelles d’Amar, Luna obtient enfin la permission de lui rendre visite et découvre, effarée, une sorte de camp en pleine nature où les hommes reçoivent un enseignement religieux d’un fondamentalisme très strict, imposant le voile intégral à leurs femmes et vivant comme dans les temps anciens. Ces moeurs quasi médiévales révulsent notre hôtesse de l’air qui supplie Amar de revenir vers elle et de reprendre la vie commune. Mais le séjour dans ce sanctuaire semble l’avoir apaisé : il a arrêté de boire et n’envisage pas pour l’instant, de retourner vers les tentations de Sarajevo. Perplexe, Luna regagne la grande ville, seule.

     Leur histoire  ne s’arrête pas là puisque Amar tente, finalement, de revivre avec sa femme qu’il aime profondément, mais sans abandonner les règles strictes de sa religion. Dans la dernière séquence, Luna, enfin enceinte, hésite sur le choix qu’elle doit faire devant l’intransigeance d’Amar. Comme le titre français trahit le sens du titre original – NA PUTU – qui signifie en bosniaque : sur la route, être sur le chemin, nous ne connaîtrons pas, finalement, le choix de Luna concernant sa grossesse et son avenir avec Amar, couple bousculé par l‘Histoire et remarquablement incarné par Zrinka Cvitesic et Leon Lucev. Il faut aussi souligner l’intérêt de ce scénario qui nous éclaire sur l’origine de ces conflits permanents qui continuent d’agiter l’ex-Yougoslavie. La Bosnie est une région européenne majoritairement musulmane mais, comme chez les catholiques français, une grande partie d’entre eux ne pratiquent plus, tout en maintenant les grandes fêtes religieuses qui donnent l’occasion de réunions familiales comme l’Aïd (équivalent de Noël dans les régions chrétiennes). Quelques décennies de communisme, qui considéraient – à juste titre – les religions comme « l’opium du peuple », ne sont pas parvenues à éradiquer ces pratiques mais ont quand même laissé une trace évidente dans les générations actuelles nettement plus laïcisées. L’intérêt du scénario de Jasmila Zbanic réside dans la description de ce conflit qui n’oppose pas deux ethnies ou deux religions concurrentes mais uniquement des Bosniaques musulmans, toujours traumatisés par les récentes guerres. Cependant, si la réalisatrice penche certainement vers un mode de vie qui exclut le fondamentalisme religieux, elle commet peut-être une erreur en présentant ce modèle comme exclusivement voué au tabagisme, aux beuveries nocturnes et aux soirées techno déchaînées. Ce tableau d’une forme d’enfer occidental risque de faire passer les wahhabites puritains pour des gens normaux, ce qui ne paraît pas être le message souhaité par Jasmila Zbanic.