Carancho

Film argentin de Pablo Trapero

Avec Ricardo Darin, Martina Gusman, Carlos Weber, Jose Luis Arias, Fabio Ronzano, Loren Acuna, Gabriel Almiron, Jose Espeche


Sélectionné à Toronto, San Sebastian, Los Angeles, Rio et Un Certain Regard (Cannes 2010)


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 02-02-2011

Durée: 1h47

 

Allô maman bobos...

      Le carancho est un rapace qui se nourrit du cadavre des animaux tués par le trafic automobile sur les routes de la pampa argentine. Selon le réalisateur Pablo Trapero, contrairement au répugnant vautour, il a l’aspect d’un bel oiseau plutôt attrayant. C’est ce charognard qui a inspiré le caractère du héros du film, Sosa, avocat marron rayé du barreau, mais toujours séduisant, qui s’est «spécialisé» dans les accidentés de la route et gagne sa vie en escroquant les assurances et les blessés, allant même jusqu’à susciter des accidents qui peuvent s’avérer fatals. Précisons que l’automobile est la première cause de mortalité en Argentine. Sa rencontre avec une jeune urgentiste, Lujan, lors d’un de ces constats tragiques, va lui faire mesurer l’étendue de sa responsabilité et déclencher le désir d’en finir avec cette activité criminelle pour gagner l’estime et l’amour de Lujan. C’est compter sans l’opposition de ses «employeurs» qui le tiennent par le chantage et vont lui mener la vie dure.

      Sélectionné dans de nombreux Festivals, ce film noir est bien soutenu par le couple que forment Martina Gusman, déjà remarquable dans Leonera - du même Pablo Trapero - et Ricardo Darin dont on a pu apprécier la performance dans Dans ses Yeux, Oscar 2010 du Meilleur Film Etranger. Avec de tels acteurs, nous embarquons volontiers dans ce cauchemar routier parfaitement maîtrisé durant la première partie par la virtuosité du réalisateur. Malheureusement, le quatuor de scénaristes fait bientôt preuve de moins d’invention, s’essouffle et commence à remplacer les idées par des passages à tabac successifs qui transforment en plaie vivante le malheureux Sosa qui tente d’atteindre la fin d’un scénario de plus en plus opaque, alternant points de suture et piqûres diverses administrées par la vaillante Lujan que les heures sup’ ne rebutent pas, et qui tient elle-même le coup à l’aide de quelques injections opportunes. La conclusion de cette odyssée tuméfiante (que je ne dévoilerai pas) ne suffit pas à rattraper cette baisse d’intérêt qui laisse le spectateur plutôt déçu après une ouverture aussi captivante.