Incendies

Film canadien de Denis Villeneuve

Avec Lubna Azabal, Mélissa Désormeaux-Poulin, Maxim Gaudin, Rémy Girard, Abdelghafour Elaaziz, Mohamed Majd, Allen Altman


11 Prix dans divers Festivals mondiaux à ce jour


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 12-01-2011

Durée: 2h10

 

Recherche en maternité


      A Montréal, les jumeaux Jeanne et Simon découvrent les dernières volontés de leur mère dans le bureau du notaire qui leur remet deux enveloppes : l’une pour leur père qu’ils croyaient mort, et l’autre pour un frère dont ils ignoraient l’existence. Ultime volonté exprimée : elle refuse d’être inhumée dans un cercueil, sous une pierre tombale, tant que ces lettres ne seront pas remises à leurs destinataires. Jeanne maîtrise courageusement sa stupeur et décide l’aller enquêter dans le Proche-Orient, berceau de la famille. Par contre Simon, lassé des excentricités de cette mère au comportement étrange –même après sa mort- commence par refuser une telle mission mais finira par rejoindre sa soeur pour l’aider dans ses recherches.

      A en juger par sa biographie, le jeune cinéaste québécois Denis Villeneuve est un redoutable gibier de Festivals : depuis 1998, ses quatre longs-métrages ont raflé des dizaines de récompenses dans toutes les manifestations importantes de la planète, il a été sélectionné déjà deux fois aux Oscars dans la catégorie du meilleur film étranger et y participera cette année encore pour Incendies. A l’origine de ce scénario se trouve l’auteur dramatique Wajdi Mouawad qui appartient à la même génération que Villeneuve. Sa famille a fui le Liban lors de la guerre civile et s’est établie à Montréal où le jeune exilé s’est orienté vers les activités théâtrales. Il est aujourd’hui un auteur important et le Festival d’Avignon lui a rendu hommage en 2009 en présentant à la suite trois de ses pièces – dont Incendies – lors d’une nuit qui lui était consacrée, du crépuscule jusqu’à l’aube.

      La rencontre de ces deux « premiers de la classe » ne pouvait aboutir à un résultat médiocre et une première question qui vient à l’esprit en voyant le film s’impose : comment peut-on tirer d’une pièce de théâtre un récit aussi cinématographique ? L’action du film se déplace alternativement du glacial Canada au Proche-Orient, où les paysages calcinés par le soleil écrasent les jumeaux dans la recherche de l’obscur passé de leur mère. Dans cette région qui leur est totalement étrangère, ils se heurtent à la barrière de la langue, à la méfiance et au mutisme des éventuels témoins du passé, à la volonté d’oublier les épisodes d’une atroce guerre civile mal éteinte. Une construction en flashes back abrupts fait alterner les épisodes tragiques du passé de la mère – dont nous découvrons la vie réelle - et la difficile enquête  des jumeaux qui se heurtent aujourd’hui au silence des témoins survivants. Il semble mission impossible de traiter dans l’espace théâtral ces épisodes chaotiques éparpillés dans l’espace et le temps que nous montre l’écran. Denis Villeneuve est donc bien scénariste à part entière de son film puisque Wajdi Mouawad n’a pas participé à l’adaptation et a fait confiance au réalisateur qui nous offre ce film brillant, efficace et inspiré, servi par de remarquables comédiens.

      Mais ce talent évident nous amène à la deuxième question, plus critique, qui concerne la conclusion de cette dramatique enquête familiale. Progressivement, le foisonnement de péripéties feuilletonesques fait déraper l’intrigue de l’émotion véritable éprouvée durant la plus grande partie du récit vers un mélodrame débouchant sur un dénouement lelouchien du type « la croix de ma mère » que n’aurait pas renié Ponson du Terrail. Je ne vais évidemment pas évoquer quoi que ce soit qui pourrait désamorcer le coup de théâtre final qui est de taille. On peut seulement dire, sans rien dévoiler, que le choix d’un acteur aussi jeune pour incarner le mystérieux père recherché surprend et plonge les spectateurs dans une perplexité certaine quant à la chronologie des faits relatés. Miracle des contes orientaux ?…