Le Nom des gens

Film français de Michel Leclerc

Avec Jacques Gamblin, Sara Forestier, Zinzdine Soualem, Carole Franck, Jacques Boudet,, Michèle Moretti, Zakaria Gouram, Nabil Massad





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 24-11-2010

Durée: 1h44

 

Tout le monde il est beau, tout le monde il est facho

Faire aboutir un projet de film n’est jamais simple et la route est longue qui mène de la première idée ébauchée à la projection finale dans une salle de cinéma, une éternité plus tard. C’est pourquoi il est souvent difficile d’émettre des réserves quand on est conscient des innombrables difficultés surmontées pour franchir le cap de la distribution. Mais, étant donné le succès désormais assuré du film de Michel Leclerc, j’ai moins de scrupules à exprimer mon étonnement devant l’accueil si chaleureux de "la Critique", généralement moins bien disposée à l’égard des comédies, alors que le public, lui, se rue volontiers chez les Ch’tis.


Au premier abord, le propos de Michel Leclerc est original : ce n’est pas si fréquent de prendre à contre-pied les sempiternels clichés que véhicule notre société qui a réponse à tout : sur le racisme, les banlieues, l’écologie, la guerre d’Algérie, le terrorisme, le nucléaire, le voile islamique, l’identité nationale, etc. Nous proposer une beurette délurée qui tente de séduire un Juif honteux et saturé par l’évocation permanente de la Shoah, est une situation rarement traitée par nos scénaristes frileux, mais qui a parfois inspiré le talent de Woody Allen. On pouvait donc espérer que Le nom des gens (quel titre terne !) allait renouveler avec humour - et un brin de provocation – le prêt-à-penser de la comédie politique.


Mais cet espoir est vite déçu car l’esprit chansonnier envahit l’entreprise et l’imagination ne prend vraiment pas le pouvoir. Le réalisateur s’avance masqué car, en fait, que pense-t-il réellement de ce que disent et font ses personnages ? Leurs caractères et leurs relations n’évoluent guère durant le déroulement de l’histoire et leurs motivations restent floues. On se demande, entre autres, pourquoi le fait que la beurette couche avec un max d’UMP les ferait adhérer au PS ? Pourquoi les plaisanteries se répètent-elles jusqu’à épuisement (« Arthur Martin, comme les cuisinières…») ? Pourquoi la pauvre Sara Forestier se balade-t-elle nue sans raison valable ? (Sinon pour déclencher quelques rires entendus dans la salle, reconnaissons-le). Ces interrogations successives qui accompagnent la projection restent sans réponse et le film se tricote comme une suite de sketches, plus ou moins réussis, illustrant les sujets qui fâchent évoqués précédemment. On a vu pire, bien entendu, mais la déception naît de l’exploitation mollassonne d’une situation de départ qui était prometteuse mais n’évolue guère, d’où mon étonnement devant la bienveillance presque unanime de "la Critique. Serait-ce uniquement l’effet Jospin ? Enfin, tant mieux pour Michel Leclerc et bravo à Jacques Gamblin, parfait comme d’habitude, qui parvient à emmener ce premier film vers une conclusion aussi attendue qu’improbable.