Ce n'est qu'un début

Film français de Pozzi et Barougier

Avec Une classe de maternelle





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 17-11-2010

Durée: 1h35

 

Section Philo-CM 1

      Et si on abordait la philosophie dès la petite section de maternelle au lieu d’attendre la terminale ? C’est ce projet hardi que Pascaline Dogliani, professeur des écoles, a entrepris dans l’établissement de Le Mée-sur-Seine où elle enseigne. Mise au courant de cette expérience peu commune, la productrice Cilvy Aupin a désiré en faire un film, obtenu l’accord de l’Education Nationale et débarqué avec le matériel et les deux réalisateurs, Jean-Pierre Pozzi et Pierre Barougier, qui ont accumulé 180 heures de rushes durant deux années de tournage. Le résultat final est fascinant.

      Âgés de 3 à 5 ans durant cette longue période de prises de vues, les enfants, nous offrent évidemment une mine de trouvailles verbales dont Etre et Avoir nous avait déjà donné un avant-goût. Mais ce qui étonne dans l’expérience proposée, c’est l’évidente capacité de raisonnements personnels et originaux qui s’expriment si on laisse la parole aux petits au lieu de les traiter en machine à écouter la maîtresse et à répéter son savoir. Il apparaît aussi que l’ensemble de la classe ne se sent pas concerné et ne participe pas activement. Seul, un petit groupe d’enfants s’implique et se passionne pour les questions traitées. Dans ces interventions, il est évident que, à ce très jeune âge, les filles s’expriment mieux, plus clairement, avec plus de passion que les garçons, moins vifs et moins diserts.

      Le « cours » commence par un cérémonial spécifique : Pascaline Dogliani allume une bougie et déclare ouverte la séance de philosophie. Elle estime que ce rituel peut symboliser le passage du temps et structure davantage les différentes activités de la journée pour une classe de maternelle. Et elle lance le sujet du jour : qu’est-ce que l’intelligence ? L’amour ? La mort ? La richesse ? La différence ? La liberté ?... Peu à peu, au cours de ces deux années que couvre le film, on assiste à l’éveil d’une démarche de réflexion et d’autonomie de pensée impressionnante pour affronter des sujets aussi abstraits. Progressivement, la maîtresse va s’effacer et laisser s’épanouir la personnalité et les différences entre les enfants. On admire cette vivacité d’esprit qui anime ce goût du savoir. Et on s’attriste en imaginant que, quelques années plus tard, ces délicieux bambins risquent de devenir ces « bôfs » maussades et provocateurs qui torturent le professeur d’Entre les murs.